L'échafaudage
de Danielle Charest

critiqué par Libris québécis, le 2 mars 2005
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
Un féminisme rebutant
L’Échafaudage est un polar écrit en écho à un tragique événement qui a entraîné dans la mort quatorze étudiantes de l’université de Montréal, abattues le 6 décembre 1989 par un tireur fou qui s’est suicidé après avoir commis son acte dément. Danielle Charest s’est inspirée de cet attentat anti-féministe pour imaginer une agression contre le député Gertrude Champlain.

Cette politicienne exerce des pressions auprès du gouvernement pour qu’il érige un monument aux victimes du massacre. Son initiative lui vaut une agression qui déclenche la fureur de femmes prêtes à former un commando pour remonter à la source du complot. À l’amont de cette histoire, on sent le combat féministe mené par l’auteur. On ne peut qu’admirer son militantisme pour la promotion féminine, mais son prosélytisme transforme tous les hommes en psychopathes potentiels. Si le nombre des tueries commises aux États-Unis par des êtres démentiels est affolant, il faut noter par ailleurs que ces gestes meurtriers ne sont pas nécessairement dirigés contre les femmes. L’auteur souffre plutôt de misandrie. La séparation qu’elle pratique entre les sexes découle plutôt d’une frustration qui l’amène à ne considérer qu’un revers de l’humanité. Ce roman perpétue donc le mythe manichéen de l’univers qui oppose les guignols aux péronnelles. Au lieu de promouvoir la femme, ce roman ne parvient qu’à entretenir la haine des misogynes, d’autant plus que l’héroïne fonde un parti féministe qui exclut évidemment la moitié de l’humanité.

Que cette œuvre se porte à la défense de la femme, soit! Que le sujet soit abordé sous un angle lesbien, soit! Mais que l’on recourt à l’écriture pour exorciser sa rage, bernique! Les mots font autant de mal qu’un fusil. Et comme Danielle Charest ne sait pas trop comment s’en servir, elle ne peut s’attendre à recevoir la note de passage pour cette œuvre.