La cause du Christ: L'évangile contre « l'identité chrétienne » de Benoist de Sinety

La cause du Christ: L'évangile contre « l'identité chrétienne » de Benoist de Sinety

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Spiritualités

Critiqué par Poet75, le 3 juin 2026 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 69 ans)
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La note : 8 étoiles
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Contre les faux prophètes de l'identité chrétienne

La parution récente de « Magnifica Humanitas », la première encyclique de Léon XIV, qui sonne comme une mise en garde contre les possibles dérives de l’emploi de l’Intelligence Artificielle, a déjà suscité bien des commentaires, entre autres pour saluer l’engagement d’un pape qui, nonobstant le silence des responsables politiques sur ce sujet, oblige, en quelque sorte, à mesurer, autant qu’il est possible, les conséquences, potentiellement dramatiques de l’usage de l’IA.
Même si La Cause du Christ, sous-titré « L’Évangile contre « l’identité chrétienne » », ne peut avoir un retentissement aussi grand que celui d’une encyclique, on peut en dire quelque chose du même ordre. Enfin, peut-on s’exclamer, il se trouve, parmi les membres du clergé catholique (après avoir été vicaire général de l’archidiocèse de Paris, Benoist de Sinety est aujourd’hui curé d’une paroisse à Lille), quelqu’un pour mettre en garde, clairement et fermement, contre cette tentation, si présente aujourd’hui chez de nombreux catholiques, de ce qu’on appelle « repli identitaire ».
Il y a vingt ans, déjà, affirme Benoist de Sinety, au vu de ce qu’il percevait dans l’Église et dans la société, il voyait revenir Charles Maurras et l’Action Française, ce qui provoquait, au mieux, des sourires en coin. Aujourd’hui, on ne sourit plus, tant les émules de Maurras, les De Villiers, Zemmour et compagnie, relayés et appuyés par Bolloré et les acteurs de sa « galaxie » ainsi que par Stérin, non seulement font entendre leur voix mais séduisent de plus en plus, y compris dans les rangs des catholiques, en particulier parmi les plus jeunes qui croient trouver là une cause qui leur paraît non seulement légitime mais exaltante. Il s’agit pourtant, pour tous ces nouveaux prophètes de l’identité chrétienne à la française, de promouvoir un christianisme sans Christ, un christianisme qu’ils érigent comme un rempart destiné à exclure, à rejeter des catégories de personnes : les migrants, les musulmans, les LGBT, tout ce que, de nos jours, on range commodément sous le vocable de « wokisme », un mot qui ne veut rien dire, un mot qui sert de fourre-tout, un mot qui ressort de ce que George Orwell, dans 1984, avait imaginé sous un autre terme, celui de « novlangue », un mot pour écraser l’autre, voire le réduire à néant.
Benoist de Sinety ne transige pas, il n’hésite pas à dénoncer les grands mystificateurs d’aujourd’hui, y compris parmi les gouvernants, entre autres Trump et Vance et leur récupération cynique de la foi chrétienne au nom d’une idéologie de conquête et de rejet d’autrui (qui n’a pas de peine à distinguer le camp du bien du camp du mal), mais aussi Milei en Argentine, Orban hier en Hongrie, auxquels l’on peut rajouter ceux dont la démarche est identique, mais au nom d’une autre religion : Netanyahu et les ultra-orthodoxes d’Israël, les salafistes et les mollahs de l’Islam, Modi en Inde, etc. Partout, la religion est détournée de sa voie première (relier) pour servir d’instrument et de justification d’entreprises de haine.
Face à tous ces errements, Benoist de Sinety prône ce qui seul peut convenir, ce qui seul peut guérir, ce qui seul peut éloigner des tentations de conquête, ce qui seul peut réduire à rien les discours trompeurs, mensongers de ceux qui répandent insidieusement la peur : peur de l’autre, peur de l’Islam, peur de la différence, etc., ce qui seul peut donner sens à la vie du chrétien : mettre, au cœur de l’existence, le Christ en personne, le Christ qui ne juge ni ne rejette qui que ce soit, le Christ qui accueille tout être humain, le Christ qui guérit. « Ne cherchons pas le Christ, écrit Benoist de Sinety, dans les discours de haine ou les replis identitaires ; il n’y est pas. Il est là où l’on panse les plaies, là où l’on accueille l’étranger, là où l’on ose la réconciliation quand tout pousse à la guerre. Il est dans ce geste de la main tendue qui, à lui seul, renverse toutes les idoles de la terre. Il ne nous demande pas d’être des vainqueurs, il nous demande d’être des témoins. »
Le livre de Benoist de Sinety a ses limites, certaines questions abordées, entre autres celle de la laïcité, auraient mérité d’être peaufinées. Mais il a le mérite, immense et tellement important de nos jours, de rappeler ce que fut la volonté de Vatican II : non une Église repliée sur elle-même, érigée en forteresse contre les errements du monde, mais au contraire, une Église ouverte, accueillante et toujours en quête de ce qu’il y a de meilleur chez l’autre. C’est cette Église, celle de Vatican II, qui vacille aujourd’hui, sous les coups de ceux qui ne rêvent que d’un retour (illusoire) à une Église de toujours ! Comme si cette Église-là existait ! Un grand merci, donc, à Benoist de Sinety pour nous faire entendre sa voix, celle qui s’exprime dans un livre qui, curieusement, est édité par Grasset (un des fleurons du groupe Bolloré) ! Voilà une étrange bizarrerie…

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Les éditions

La cause du Christ: L'évangile contre « l'identité chrétienne »
de Sinety, Benoist de
B. Grasset
ISBN : 9782246846543 ; 13/05/2026 ; 160 p. Broché
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