Le Chat du Jardinier de Thomas Schlesser

Le Chat du Jardinier de Thomas Schlesser

Catégorie(s) : LittĂ©rature => Francophone

Critiqué par Poet75, le 11 mai 2026 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 69 ans)
Critiqué par Poet75, le 11 mai 2026 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 69 ans)
La note : 5 étoiles
Moyenne des notes : 7 Ă©toiles (basée sur 3 avis)
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Un roman doucereux

On ne change pas une recette gagnante ! AprĂšs l’énorme succĂšs des Yeux de Mona, Thomas Schlesser rĂ©cidive avec un roman mĂątinĂ© non plus de peinture mais de poĂ©sie. Des poĂ©sies et des poĂštes, en veux-tu en voilĂ , des citations de vers et des explications de textes, en particulier de figures de style, tout ça Ă  gogo, le tout enrobĂ© dans un charmant rĂ©cit en forme de fable pour que ce soit digeste, tel est le procĂ©dĂ© dont use et abuse notre auteur.
Comment s’y prendre pour consteller un roman de citations poĂ©tiques, d’explications de textes, de renseignements divers et variĂ©s sur un certain nombre de poĂštes ? C’est simple, il faut imaginer un personnage non seulement fĂ©ru de poĂ©sie mais dĂ©sireux de transmettre son savoir aux autres, et confronter ce personnage Ă  un ou plusieurs autres protagonistes qui, merveille, font leur miel de ce dĂ©luge de savoir, au point de devenir eux-mĂȘmes des experts Ăšs-poĂ©sie capables de dĂ©biter des vers adaptĂ©s Ă  toutes les circonstances et Ă  toutes les personnes.
Dans le roman de Thomas Schlesser, nous avons donc affaire Ă  Thalie, ex-professeure de lettres, amoureuse de poĂ©sie, et Ă  Nikola, son compagnon, ex-architecte. À ces deux-lĂ , il faut rajouter un jardinier taiseux en la personne de Louis, un improbable hercule au cƓur d’artichaut, tout Ă©namourĂ© d’un chaton malade qu’il voudrait bien pouvoir sauver. Thalie et Nikola habitant dans une magnanerie de l’arriĂšre-pays provençal, ils font appel Ă  Louis, leur voisin, pour remettre en ordre leur jardin dĂ©vastĂ© par une tempĂȘte. Et c’est ainsi que le brave Louis en vient Ă  ĂȘtre initiĂ© par Thalie Ă  la poĂ©sie, d’autant plus qu’à son travail de jardinier vient bientĂŽt se greffer un emploi nouveau, mettre de l’ordre dans la gigantesque bibliothĂšque de Thalie, bibliothĂšque qui semble n’ĂȘtre composĂ©e que de livres de poĂ©sies. Louis guĂ©rit un jardin, Thalie guĂ©rit le cƓur et l’intelligence de Louis et sa capacitĂ© Ă  s’exprimer, Louis cherche Ă  guĂ©rir son chaton, avant de dĂ©couvrir un vĂ©ritable guĂ©risseur en la personne (si l’on peut dire) d’un chien, un Ă©pagneul venu d’on ne sait oĂč et qui devient aussitĂŽt le garde-malade du chaton.
Que penser d’une telle histoire sinon qu’elle apparaĂźt singuliĂšrement doucereuse, gentillette, maniĂ©rĂ©e ? Pour compenser un peu, Thomas Schlesser a cru bon de rajouter un autre personnage, un voisin de Louis qui n’est autre qu’un malfrat cultivant des plants de cannabis. En vĂ©ritĂ©, cela ne change pas grand-chose au ton gĂ©nĂ©ral du roman, pas plus que l’envahissement de crapauds qui semblent provenir de chez ledit malfrat. Un malfrat Ă  qui Louis est tentĂ© de rĂ©citer des vers, ce qui paraĂźt assez saugrenu, autant qu’en cet autre passage oĂč c’est Thalie qui se met Ă  parler de Nerval Ă  un gendarme !
Car, oui, il fallait, d’une maniĂšre ou d’une autre, parsemer ce rĂ©cit de poĂ©sie. La science immense de Thalie, bientĂŽt complĂ©tĂ©e par le goĂ»t d’apprendre de Louis, font l’affaire et le texte Ă©numĂšre quantitĂ© de poĂštes, de vers et de figures de style. C’est obligatoirement trĂšs didactique. Sont convoquĂ©s des poĂštes de tous les temps et de toutes les langues (enfin, pas toutes, mais de beaucoup de langues) ! Thomas Schlesser remonte jusqu’aux poĂšmes Ă©piques d’HomĂšre ou Ă  l’épopĂ©e de Gilgamesh. Les noms connus et moins connus apparaissent au fil des pages : Trakl, Verlaine, Rimbaud, Hugo, Apollinaire, Baudelaire, Villon, Lamartine, Rilke, Anna de Noailles, T. S. Eliot, JosĂ© Maria de Heredia, Nerval, Ste ThĂ©rĂšse d’Avila, Ronsard, Goethe, Pavese, Aragon, Eluard, Poe, Dante, MallarmĂ©, Queneau, Gaspara Stampa, Louise LabĂ©, Lady Mary Wroth, AimĂ© CĂ©saire, William Blake, Claude Roy, Marceline Desbordes-Valmore, Maurice Rollinat, Marinetti, Ossip Mandelstam, MaĂŻakovski, Marina TsvĂ©taĂŻeva, PrĂ©vert, Hölderlin, Pessoa, RenĂ© Char, et j’en oublie certainement (au passage, il est mĂȘme question de LĂ©o FerrĂ©, de Barbara, de Brassens, d’Anne Sylvestre, ce qui n’est pas pour me dĂ©plaire). La liste est longue, mais elle est loin d’ĂȘtre exhaustive. Comment ne pas dĂ©plorer l’absence de noms tels que ceux de Jules Supervielle ou de RenĂ©-Guy Cadou, pour ne prendre que ces deux exemples ?
Il arrive que des notules consacrĂ©es Ă  l’un des poĂštes soient intĂ©ressantes au point de susciter le dĂ©sir d’en savoir davantage. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il est question de Hölderlin qui voyait « la civilisation moderne entamer sa quĂȘte du confort bourgeois et se dĂ©tourner peu Ă  peu du culte du Christ sur la croix, c’est-Ă -dire du salut par la souffrance. » En fin de compte, c’est la seule vĂ©ritable qualitĂ© de ce roman : activer la curiositĂ©, le dĂ©sir de connaĂźtre (ou de mieux connaĂźtre) un auteur. Le reste est anodin.

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Les éditions

Le Chat du jardinier[Texte imprimé], roman
de Schlesser, Thomas
Albin Michel
ISBN : 9782226507389 ; 28/01/2026 ; 384 p. Broché
Amazon FR
Amazon BE
BNF
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Une ode Ă  la poĂ©sie et Ă  l’humanitĂ©

8 étoiles

Critique de CHALOT (Vaux le Pénil, Inscrit le 5 novembre 2009, 78 ans) - 22 mai 2026

Quel curieux livre que je n’aurais jamais choisi d’un seul coup !
Que voulez -vous ! c’est la magie de ces bibliothĂšques municipales comme celle de Vaux le PĂ©nil qui sortent et offrent des petits bijoux.
Louis est un jeune rural qui vit dans une petite maison dans la campagne du Var.
Il est un peu fort, musclé mais pas du tout porté à priori par la poésie.
Cet homme que certains pourraient considérer un peu vite comme un rustre est un homme qui va dans et avec la nature.
Ayant adoptĂ© un petit chat qu’il surveille et soigne, il est inquiet car son ami qu’il n’a pas encore nommĂ© risque de mourir Ă  cause d’une petite tumeur qui grossit.
Que faire ?
Seul un miracle peu sauver l’animal !
Un jour, un vieux couple s’installe en face de chez lui, la femme, la soixantaine et un peu plus est une professeure qui adore les lettres et surtout la poĂ©sie alors que son compagnon, octogĂ©naire est un ancien architecte.
La professeure, Thalie, propose Ă  Louis un Ă©change de savoirs, elle l’initiera Ă  la poĂ©sie pendant que Louis s’occupera de restaurer le jardin du couple, ravagĂ© par la tempĂȘte.
« Quelqu’un aurait-il jamais cru
. » laissons lĂ , La Fontaine et d’ailleurs il ne fait pas partie des dizaines et dizaines de poĂštes qui Ă©gayent ce rĂ©cit.
Mais comme dans le lion et le rat, l’un et l’autre ? Louis et Thalie vont s’aider mutuellement pour ne faire, presque, qu’un !
Les pouvoirs de la poĂ©sie, la beautĂ© du site, la bontĂ© de ces trois lĂ  et l’aide d’un chien vont conduire, non Ă  des mirages mais Ă  un miracle ou presque.
Cette histoire est belle, fleurie, quasi musicale et nous fait oubliĂ© l’actualitĂ© peu reluisante.

Jean-François Chalot

Guérir par la poésie

8 étoiles

Critique de El Gabal (Strasbourg, Inscrit le 10 janvier 2022, 37 ans) - 13 mai 2026

Ce livre divisera sans doute les lecteurs, mais il laisse difficilement indemne.

Nous y suivons Louis, un jardinier trentenaire profondĂ©ment affectĂ© par la maladie de son chat, atteint d’un cancer. C’est dans ce contexte de fragilitĂ© qu’il rencontre Thalie, ancienne professeure de français retraitĂ©e, figure singuliĂšre et presque initiatique, qui lui propose un Ă©trange pacte : elle l’initiera aux pouvoirs de la poĂ©sie s’il accepte, en retour, de prendre soin de son jardin. À partir de cette rencontre se dĂ©ploie bien davantage qu’un simple rĂ©cit : une profession de foi dans le pouvoir transfigurateur de la parole poĂ©tique.

Le postulat du livre est clair : la poĂ©sie possĂšde un pouvoir quasi magique de guĂ©rison, de mĂ©tamorphose et de rĂ©conciliation avec le vivant. En effet, dans ce livre pour le moins singulier, les vers semblent agir sur les ĂȘtres, les plantes, les animaux eux-mĂȘmes, comme si la parole juste permettait de rĂ©accorder le monde. Le roman convoque ainsi des poĂštes de tous temps et de tous horizons, dans une vaste cĂ©lĂ©bration de la langue comme refuge et comme force de transformation.

Et pourtant, il faut reconnaĂźtre ce qui pourra en rebuter certains lecteurs : Ă  plusieurs reprises, on a moins l’impression d’ĂȘtre dans un roman que face Ă  un cours de stylistique ou Ă  une leçon de transmission littĂ©raire un peu trop dĂ©monstrative. Cet aspect didactique, parfois trĂšs appuyĂ©, entame par moments la chair romanesque du livre. De mĂȘme, le fait que Thalie s’exprime presque exclusivement Ă  travers des vers citĂ©s peut sembler peu crĂ©dible et fragilise quelque peu le principe de vraisemblance.

Mais réduire ce livre à ses défauts serait, me semble-t-il, profondément injuste. Car malgré ses maladresses, Le Chat du jardinier est porté par une sincérité évidente et par une foi touchante dans ce que la poésie peut encore offrir à nos existences désenchantées. Louis, peu à peu, découvre un autre rapport au monde. Son rapport à la souffrance, au vivant, au langage se transforme, et il devient à son tour un passeur.

Ce n’est peut-ĂȘtre pas un grand roman au sens strictement littĂ©raire du terme. Son didactisme l’empĂȘche parfois d’atteindre toute la puissance Ă©motionnelle qu’il vise. Mais c’est un livre gĂ©nĂ©reux, habitĂ©, qui rappelle avec conviction que la poĂ©sie n’est pas seulement affaire d’esthĂ©tique ou d’érudition : elle peut aussi ĂȘtre un soin, une consolation, une maniĂšre d’habiter le monde autrement.

Et rien que pour cela, il mĂ©rite d’ĂȘtre lu.

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