Lucy de Jamaica Kincaid
(Lucy)
Catégorie(s) : Littérature => Anglophone
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UNE ÉCRIVAINE AU STYLE UNIQUE.
Au début du livre, nous faisons la connaissance de Lucy Joséphine Potter. C’est une jeune fille de dix-neuf ans qui arrive dans une grande ville des États-Unis d’Amérique (New York?), en provenance de son île natale d’Antigua dans les Antilles. Elle vient en Amérique comme jeune fille au pair, auprès d’une riche famille bourgeoise pour s’occuper des quatre jeunes filles du couple.
Bien que très bien accueillie par Mariah, la mère des petites filles, elle a beaucoup de mal à s’adapter dans la grande ville américaine, car elle a la sensation de ne pas appartenir au monde où elle vit et qu’elle partage. Dans son for intérieur elle se pose beaucoup de questions sur sa place dans la vie, sa famille avec qui elle est en rupture, ses origines, sa vie, sa race, la couleur de sa peau, ses amours, sa sexualité, son corps qui change, etc…
Heureusement pour elle, Mariah la traite comme sa propre fille, et lui fait connaître beaucoup de choses qu’elle n’avait jamais connues, mais qui lui apportent des joies immenses, la photographie, les musées, les livres, l’écriture…
«Lucy» est donc le deuxième roman de Mme. Jamaica KINCAID [(*1949), de son vrai nom: Elaine Cynthia POTTER RICHARDSON], publié à l’origine en 1990. C’est la suite directe du livre: «Annie John» (1). Il reprend d’ailleurs directement à la fin de celui-ci, et c’est aussi très autobiographique.
Comme tous les livres de l’écrivaine antiguaise, il se distingue par son style d’écriture absolument unique. C’est une écriture très froide, très distanciée par rapport au récit. Ce n’est pas sans rappeler celle de Mme. Annie ERNAUX (*1940) (2), mais en encore plus «extrême», encore plus «poussée»!.. C’est vraiment comme si une tierce personne, complètement étrangère (et absolument pas impliquée…) à toute l’histoire vous la racontait… Alors que l’on sait pertinemment bien que ce livre est une biographie romancée de l’écrivaine, elle arrive à nous raconter cette histoire, son histoire, à la fois du «Dedans» (puisqu’elle en est l’héroïne!..) et du «dehors», puisque l’on se retrouve comme observateurs (voyeurs?) de cette même histoire! Elle pousse véritablement la «Désincarnation» de l’écriture à son paroxysme!..
Il faut dire aussi que ce n’est pas vraiment un roman. La construction est beaucoup plus originale. L’auteure nous présente son récit comme une suite de petites «vignettes», comme des cartes postales, comme une photo instantanée prise à un instant précis. Il faut donc une concentration de tous les instants, - ce qui ne facilite pas la lecture d’ailleurs -, parce que l’on passe d’un sujet à l’autre, d’une histoire à l’autre, - avec même parfois des «sauts» chronologiques dans le temps -, sans prévenir, sans le signaler parfois même d’une phrase à l’autre. Il y a toutefois toujours un point commun, toutes ces histoires retracent la vie de l’écrivaine entre ses dix-neuf et vingt ans.
Je dois avouer qu’on ne s’attache pas vraiment au personnage principal, qui d’ailleurs ne fait rien pour se rendre sympathique. Elle a par contre un don unique pour nous décrire la subtilité, la variabilité, et la versatilité des gens qu’elle observe. C’est une critique sans complaisance et sans compromission de notre société, et de nos rapports avec les populations des pays dits du «Tiers-monde». Les propos tenus par la jeune fille, ses réflexions, sont d’une grande acuité, très acerbes, très cyniques, «servis» en cela par une écriture très clinique, mais très lucide, très honnête. Il y a p.ex. de très belles pages sur les us et coutumes, les mœurs et les croyances de son pays natal, le racisme, l’éducation, le colonialisme, le post-colonialisme, etc.
Et aussi, comme je l’ai déjà dit plus haut, l’auteure arrive très bien à nous «restituer» et à nous décrire le personnage de Lucy. Ses pensées, peurs, sentiments, angoisses, amours, sa colère intérieure, ses réflexions, ses changements d'humeur, ses relations conflictuelles avec sa mère, amis, amants, etc…
Encore une fois, je dois dire que j’ai trouvé ce livre un peu trop court (un peu moins de 150 p.) pour pouvoir s’attacher durablement à Lucy. Comme déjà dit, c’est très «haché» et un peu trop décousu pour avoir une bonne expérience de lecture. Je n’ai pas non plus trop aimé le fait que l’auteure commence des histoires, sans nous en raconter la fin. Et pareil aussi pour la fin, très abrupte, trop brusque!
Est-ce que je conseille la lecture de ce livre? Oui, absolument! C’est vraiment un très beau livre, que je conseille à tous. De plus, je dois dire qu’en lisant ce livre, son style unique et son écriture absolument incroyable, étaient en train de dire que j’étais en train de lire l’un des prochains Prix Nobel de Littérature…
(1). : Cf. Ici sur CL : https://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/70720
(2). : Cf. Ici sur CL : https://www.critiqueslibres.com/i.php/vauteur/1151
Les éditions
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Lucy[Texte imprimé], Jamaica Kincaid traduit de l'anglais (États-Unis) par Dominique Letellier
de Kincaid, Jamaica Letellier, Dominique (Traducteur)
Cambourakis / Literature
ISBN : 9782386690587 ; 10/09/2025 ; 150 p. Poche
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