La Jalousie de Madeleine Chapsal
Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Divers
Visites : 90
La jalousie vue par des femmes
Qu’est-ce que la jalousie ? Comment la vit-on ? Quelle est l’expérience personnelle qu’on en a ? Fait-elle beaucoup souffrir ? Quelle réaction a-t-on quand on se rend compte qu’on est jaloux ? Comment en sortir ?
Ce sont toutes ces questions et bien d’autres, toutes autour du thème de la jalousie que l’auteure de ce livre, Madeleine Chapsal, va poser au cours d’entretiens libres à bâtons rompus à 6 femmes qui sont pour la plupart très connues, surtout à l’époque où ils eurent lieu. Ce livre d’entretiens est sorti en 1977 et alors, Jeanne Moreau, Régine Deforges, Pauline Réage, Nadine Trintignant, Sonia Rykel et Michèle Montrelay étaient des femmes reconnues par la société et célébrées chacune dans leur domaine respectif, du cinéma pour Jeanne Moreau et Nadine Trintignant, de l’écriture pour Régine Deforges et Pauline Réage, de la haute couture pour Sonia Rykel et de la psychanalyse pour Michèle Montrelay (dont le nom était le seul à m’être tout à fait inconnu). Aujourd’hui, aucune d’entre elles ne sont plus en vie, et pour les jeunes générations, leurs noms ne leur disent peut-être plus rien…
Donc le premier de ces entretiens retranscrits à être présenté est celui de Jeanne Moreau, immense actrice qu’elle fut en son temps. On se souvient de Jules et Jim, Moderato Cantabile, La mariée était en noir et bien d’autres. Et ici, dans les réponses qu’elle fait aux questions de Madeleine Chapsal, je découvre une belle personnalité dotée d’une grande intelligence aux réflexions profondes et spontanées. Voici quelques considérations qu’elle tire de la jalousie, dont cette phrase que j’aime beaucoup : « Pour moi, la jalousie est l’une des douleurs extraordinaires de l’amour ! ». Et les autres : « Dire « je ne suis pas jaloux, c’est laisser une porte ouverte. Pour pouvoir s’enfuir au cas où on risquerait de souffrir », « On souffre tellement quand on est jaloux », « Le jour où je ne suis plus jaloux, c’est que je n’aime plus », « La jalousie n’est pas absolument indissociable de l’amour », « C’est dangereux la jalousie, il faut se surveiller, surveiller sa jalousie », « un être jaloux veut être aimé, et justement, il n’est pas aimable », « La vraie jalousie est celle qui met l’existence en péril », etc… Une belle personne aux paroles sensées.
Le second des entretiens se fait avec Régine Deforges, la célèbre auteure de la saga de « La bicyclette bleue », entre autres. Ici se révèle une personnalité spontanée, libre, franche, pétillante ! Une femme qui n’avait pas froid aux yeux quant au sexe et à l’amour ! Ici aussi, plein d’aphorismes ressortent dans son entretien avec Madeleine Chapsal : « on passe son temps à rassurer ces messieurs… mais moi aussi j’ai besoin qu’on me rassure ! », « La jalousie ça me réveille ! Et bien, même ! Ça se passe au niveau de la peau. Ça me tord, ça me tortille, ça me fait mal, mais mal ! », « un regard, un geste, un intérêt porté à un autre être, ah, c’est épouvantable ! », « La jalousie n’est pas un beau sentiment mais on n’est pas jaloux des gens auxquels on ne s’intéresse pas », « Aimer que la femme que l’on aime attire les hommages et provoque le désir chez d’autres, c’est un sentiment masculin très répandu », « J’ai besoin du désir des hommes, il me confirme des tas de choses », « on est jalouse du sentiment que l’être porte ou peut porter à une autre femme », « La jalousie, c’est l’enfer ! »
Au troisième des entretiens, on passe à Pauline Réage, la célèbre et sulfureuse auteure de « Histoire d’O » qui fit si scandale au moment de sa sortie, en 1954. Pourtant, à découvrir Pauline Réage (qui est un pseudonyme) dans les réponses qu’elle fait à Madeleine Chapsal, on se rend compte d’une personnalité aux antipodes de ce qu’on pourrait croire comme osée et provocatrice, en fait c’est tout le contraire, c’est une femme réservée, pondérée, aux opinions parfois étonnantes, à la limite du masochisme… Ce qui au fond correspond à son célèbre roman érotique. Voici ce qu’elle dit, entre autres : « Je suis prête à partager pour qu’on ne me quitte pas », « Je connais la jalousie sous certaines formes, mais chez moi elle n’est jamais très active », « Si je compare ce que moi j’éprouve par rapport à ce que d’autres appellent la jalousie, c’est simplement du désespoir devant un abandon », « Il y a des gens qui ne supportent pas de ne pas savoir les choses et des gens qui ne supportent pas de les savoir », « Vous le rencontrez, il ne vous voit pas, ça c’est affreux ! », « Je ne peux croire qu’on puisse refuser à quelqu’un que l’on aime d’être comme il est et de le prendre comme il est ».
Au tour de la quatrième maintenant, j’ai nommé Nadine Trintignant, mariée au célèbre acteur Jean-Louis du même nom. Elle a surtout été réalisatrice de films et téléfilms. On sent une personnalité solide et équilibrée dans les réponse qu’elle fait : « Pendant dans des années, j’ai aimé être jalouse… c’était une façon d’aller plus loin en moi, de me découvrir », « Le propre de la jalousie, c’est d’en arriver à un point où l’on se dit : il ne peut rien avoir de pire que ce que je ressens en ce moment », « La jalousie, ça paraît énorme quand on en souffre », « Être trompée, finalement qu’est-ce que c’est à côté de l’irrémédiable de la mort ? », « La jalousie des femmes me paraît moins destructrice que celle des hommes », « L’infidélité de sa femme déséquilibre plus le monde pour un homme, parce que sa femme, c’est en même temps sa maison, son foyer », « Il est nécessaire de vivre son angoisse, de faire face à sa jalousie », « Ce qui nous tue, c’est la peur de perdre ce que l’on a. Or en fait, on ne perd jamais rien : on connaît quelque chose d’autre », « On est moins jaloux lorsqu’il y a moins d’amour », « Je n’ai pas envie de connaître la femme qui fait l’amour avec l’homme que j’aime, mais s’il arrivait que je la rencontre, la première chose que je lui dirai serait que je ne lui en veux pas ».
Maintenant, passons à Sonia Rykel pour le cinquième des entretiens, célèbre dans le monde entier en son temps pour la qualité de ses créations de mode. On y découvre une femme très jalouse, très possessive, violente : « Je ne suis pas jalouse des choses d’avant, seulement de celles d’après », « Le premier regard, la première caresse, me rendent dépendante d’un être que j’aime », « Si cet homme m’appartient, il ne doit s’intéresser à aucune autre femme », « L’amour est un état très fort, très violent, très prenant, très dur », « L’amour c’est la passion, la violence, la jalousie, l’appartenance totale », « j’ai rêvé qu’on puisse me guérir de la jalousie comme d’une maladie quelconque ».
Pour terminer, voici le sixième entretien avec Michèle Montrelay, la psychanalyste. Elle a écrit des livres et des articles et son travail porte surtout sur la sexualité. Voici ce qu’elle dit de la jalousie de son point de vue à la fois personnel et professionnel : « Les femmes qu’on jalouse sont toujours blondes », « Les hommes qui rendent jalouses, ce sont ceux qui aiment ça », « Le propre de la jalousie c’est d’être immaîtrisable », « Quant on t’enlève l’amour, tu ne peux plus sentir l’amour, et c’est de ça d’abord dont tu souffres », « Dans la jalousie, quand le corps n’est plus porté par le désir, on ne peut même plus le bouger. Ou bien on le fourre au fond de son lit ou bien on l’envoie faire des choses dangereuses… », « Un homme jaloux de façon pathologique, c’est un homme qui n’a pas pu vivre sa féminité », « Les femmes qui peuvent créer sont des femmes qui par là même peuvent supporter la jalousie », « Ce qui fait le plus jouir les hommes, c’est le fantasme de retrouver avec son pénis, dans le plus profond d’une femme, la trace qu’un autre homme y a laissée », « c’est sur la jalousie qu’on relance son désir », « On ne peut pas refuser d’être jaloux mais on peut refuser de se laisser détruire par la jalousie ».
Un livre d’entretiens intéressant à lire et qui permet de découvrir la pensée de dames maintenant disparues.
Les éditions
-
La Jalousie[Texte imprimé], [entretiens de] Madeleine Chapsal [avec] Jeanne Moreau, Régine Deforges, Pauline Réage, Nadine Trintignant, Sonia Rykiel, Michèle Montrelay
de Chapsal, Madeleine (Collaborateur)
Fayard
ISBN : 2213004471 ; 01/01/1977 ; 181 p. Broché
Les livres liés
Pas de série ou de livres liés. Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série
Forums: La Jalousie
Il n'y a pas encore de discussion autour de "La Jalousie".


haut de page