Le fleuve de Rumer Godden
(The river)
Catégorie(s) : Littérature => Anglophone
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On n'arrête ni les jours ni les fleuves
Rumer Godden est une autrice britannique, née en 1907 et décédée en 1998 en Angleterre. Elle a vécu son enfance et une grande partie de sa vie adulte en Inde. Tous ces renseignements biographiques, je les ai eus dans Babelio et Wikipédia, car j’ignorais tout de ce nom d’auteur, ne sachant même pas si c’était un homme ou une femme ! Je ne l’ai su qu’après avoir fini son livre « Le fleuve » dont je fais la présente critique.
Et c’est vrai qu’en lisant ce roman, a posteriori, on pouvait subodorer un esprit féminin qui l’aura écrit. Car c’est un livre avec une sensibilité et beaucoup de thématiques spécifiquement féminines.
Donc, voilà ce livre, « Le fleuve », publié en 1949, et dont Jean Renoir a tiré un film du même titre.
L’histoire se passe en Inde, pays que l’auteure connaît bien, au temps du colonialisme britannique. Harriet, la principale héroïne du roman, est une petite fille d’à peu près 11 ans. Elle vit avec son père et sa mère (qui attend un enfant) dans une grande maison avec ses sœurs Bea son ainée et Victoria la petite dernière et entre elles son petit frère Bogey son cadet, et Nan, espèce de gouvernante et entourée de serviteurs indiens. Dans cette grande maison familiale vit aussi « Captain John », qu’on ne connaîtra que sous ce nom, ancien prisonnier de guerre et mutilé, que les parents hébergent provisoirement. La propriété dont fait partie la maison borde un grand fleuve, qui n’est pas nommé et qui peut faire penser au Gange, vu sa grande largeur d’une rive à l’autre, mais qui ne sera jamais désigné que sous le terme de « fleuve », d’où le titre du livre.
Car le fleuve est omniprésent en arrière-fond de la vie de toutes ces personnes. Jour et nuit, l’écoulement de son eau se fait entendre, et il est toujours traversé de bateaux qui passent d’une rive à l’autre ou qui le descendent ou le remontent, chargés de marchandises ou de travailleurs qui œuvrent dans une des usines et exploitations qui parsèment les bords du fleuve, où sont cultivés le riz, la moutarde, la jute, entre autres et selon les saisons. Tout un tissu économique qui scande de ses divers bruits ce joli coin de la terre d’Inde (bateaux à vapeur, machines, couplés d’appels, de chants, de gong, appelant aux pratiques religieuses les hindous, musulmans, bouddhistes, sikhs, qui composent la majeure partie de la population, mais pas d’églises chrétiennes dans ce petit coin où se passe cette histoire), constamment embaumé des senteurs de toutes sortes de fleurs qui y poussent d’un bout à l’autre de l’année.
Le roman raconte quelques mois de la vie d’Harriet dans ce milieu protégé, dans une maison dont elle dit elle-même qu’elle est la plus confortable du village. Son père est exploitant de la culture du jute, ce qui n’en fait pas le plus riche des propriétaires occidentaux locaux mais on n’y manque de rien. Harriet n’est plus tout à fait une petite fille mais pas encore une jeune fille. Elle est intelligente, éveillée, rêveuse, se pose plein de questions et en pose à tout son entourage, et se destine à devenir écrivain quand elle sera grande. Ses interactions avec ses sœurs et son frère, avec Captain John, avec son père, sa mère, Nan, y sont relatées à la hauteur des yeux et de la sensibilité d’Harriet, avec ses mots à elle. Elle s’interroge ainsi entre autres, sur sa future féminité, sur sa place dans le monde, sur son devenir, sur ses désirs d’écritures et observe les attitudes et paroles de tous ceux qui font partie de son petit monde à elle.
Mais un drame va survenir. Drame terrible mais qui l’aidera à grandir, malgré le chagrin. Car les événements, intérieurs ou extérieurs, n'arrêtent jamais la marche des jours et de la vie. C’est tout un récit en nuances philosophiques et poétiques à hauteur des 11 ans d’Harriet. Tout est sensible, gracieux, éthéré, ouaté. Une bien belle histoire, pleine de charmes et de tristesse, presque hors du temps, éternelle, symbolique, à tel point qu’elle pourrait passer pour mythique et qu’elle ferait le bonheur des psychanalystes qui s’amuseraient beaucoup à la décrypter. Mais comme je ne suis pas psy, je me contente d’en dire que je l’ai beaucoup apprécié et que derrière l’apparente simplicité se cachent de belles leçons des choses et de la vie. Un vrai petit chef d’œuvre en son genre.
« On n’arrête ni les jours ni les fleuves ».
Les éditions
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Le fleuve
de Godden, Rumer
le Livre de poche / Le livre de poche
ISBN : SANS000073144 ; 01/01/1965 ; 186 p. poche
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