Chemins de liberté L'année poétique de Collectif, Jean-Yves Reuzeau (Edition)
Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Théâtre et Poésie => Poésie
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La nouvelle année poétique
Le premier grand mérite de Jean-Yves Reuzeau – la tâche n’était pas facile -, c’est de nous donner un état des lieux de la poésie qui s’écrit et se publie aujourd’hui dans tous les pays francophones et à travers les différentes classes d’âge, des vétérans aux valeurs sûres jusqu’aux nouveaux arrivants à l’avenir incertain.
Toutes sortes de courants traversent l’anthologie qui constitue à la fois un poste d’aiguillages et une table d orientation.
En premier, il convient de saluer ceux qu’on a nommés les valeurs sûres, les « incontournables », tels Jean Pérol, Nicole Brossard, Zeno Bianu, Jean-Pierre Otte, Alain Duault, René Depestre, Denise Desautels,Tahar Ben Jelloun, Alain Borer,(on a oublié Max Alhau),... Autant de figures fascinantes, qui s’imposent comme étant les grands poètes actuels :
J’ai marché vers des mers inconnues sur des cartes
des chemins qui jouaient au silence des ombres
vers ce qui fuit plus vite qu’un oiseau de nos ruines
j’ai déjoué les pièges des hommes d’un seul jour
(Jean Pérol)
Et cependant, en ce monde où tout n’en finit pas
de finir, un homme, parfois, détaché
des autres hommes, ainsi qu’une ombre décollée
des autres ombres comme une décalcomanie,
s’irréalise de sa propre petite clarté intérieure, qui est
ce qui subsiste encore de nous en nous-mêmes
dans l’harmonie du monde où nous ne sommes plus.
(Jean-Pierre Otte)
Des critiques parlent le plus en plus souvent des classes moyennes de la littérature. Ils rangent dans cette caste les poètes de qualité moyenne, les rhapsodes et rimeurs de la Moyenneté, où tout s'altère par trop d'effort, d’insuffisance et d’étroite ambition personnelle. C’est ici que le plus grand nombre se retrouve, tous étant concurrents ; ils concourent aux différents prix, donnent des lectures dans les cafés, cherchent les feux de la rampe, se démènent beaucoup sur les réseaux sociaux. Souvent ils ne lisent pas les poèmes des autres quand leur seul dessein est qu’on les lise, eux.
Au pied de l’échelle, ils sont fort nombreux et de plus en plus nombreux : pour n’en citer que quelques-uns : Clara Ysé, Arthur Billerey, Olivier Barbarant, S. Laveleye, François Heusbourg, Grégory Rateau, Thomas Vinau, Paloma Hidalgo, Benjamin Guérin, Sophie Loizeau, Ayanoglou, et Hortense Raynal laquelle, à défaut de talent, n’a que son toupet pour « réussir ». Ils ont rompu avec les grands thèmes et les règles qui animaient la poésie; ils n’ont guère d’écriture, aucune distinction grammaticale et souvent pas grand-chose à dire. L’important pour eux est de s’exalter, de se sentir exister en tant que poète et, à défaut d’être lu, d’être reconnu comme tel.
À l’exception sans doute de Myette Ronday (une nouvelle venue dont je n’avais, pour ma part, jamais entendu parler) qui invite à se délivrer des pensées opprimantes, des actualités navrantes et de tous les narratifs médiatiques :
« Dans l’émerveillement, c’est une autre
présence possible. Dorénavant,
plus rien ne nous sera indispensable, sinon
le souffle simple, mutin et insensé de la vie.»
Pour certains poètes ( James Sacré, Jacques Darras, Jean Portante, Pascal Commère, Dominique Sampiero,...), écrire est devenu une mécanique depuis trop longtemps bien rodée, qui ne peut s’empêcher de continuer de produire, produire, produire. C’est comme les amants qui bénéficient de fraîcheur et d’inventivité dans les premiers temps de l’amour et qui, prenant de l’âge, en viennent à accomplir l’acte d’amour machinalement, dans une sorte de rituel routinier, un train-train d’existence qui s’épuise. Nous avons ici de beaux exemples, quand l’addiction n’est seulement la dépendance à une substance mais se caractérise aussi bien par un besoin compulsif, de consommer ou de pratiquer une activité sans retenue.
Par contraste, il y a ces immenses poètes qui ne cessent de se renouveler et se découvrir en d’autres facettes. Je pense à Zeno Bianu dont le chemin passa par le manifeste électrique, la montagne vide du Tao et les enseignements de Krisnamurti. À Jean-Pierre Otte qui transcrivit les cosmogonies des civilisations tribales, observa les rituels amoureux, avant de revenir à la poésie. À Marc Alyn qui se plut dans de « cruels divertissements » avant d’écrire Le Livre des amants ( imprimé à Beyrouth en pleine guerre civile), et de traverser les Forêts domaniales de la mémoire.
Je terminerai en citant encore Jean Pérol, doyen magnifique de cette belle anthologie :
Vous aurez toujours tort de vouloir tout maudire
toujours repassera un cygne sur son lac
un éclat de blancheur dans un saut de lumière
et sans cesse un « bonjour » reviendra réunir
Les éditions
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Chemins de liberté L'année poétique
de Reuzeau, Jean-Yves (Directeur de publication)
Seghers
ISBN : 9782232148873 ; 22/01/2026 ; 400 p. Broché
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