Sylva de Vercors

Sylva de Vercors

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Cédelor, le 4 février 2026 (Paris, Inscrit le 5 février 2010, 54 ans)
La note : 9 étoiles
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Passer de l'animal à l'humain

Toute l’histoire de ce roman débute par un « miracle », raconté par le narrateur : un renard qui fuit les chiens d’une chasse à courre et qui s’est réfugié dans une haie de la propriété du narrateur, se transmute soudain en une jeune fille. Cette transformation lui permet d’échapper aux chiens, qui ne retrouvent ainsi plus l’odeur du renard qu’ils pistaient. Cette jeune fille miraculée, le mot est approprié, est recueille par le narrateur qui l’installe dans sa maison, un manoir (le narrateur est un jeune noble pourvu d’une certaine aisance). De cette subite transmutation inattendue d’un renard en jeune femme, il n’en dira plus rien, puisqu’il le dit lui-même, il n’y a rien de plus à en dire puisqu’il ne peut lui-même l’expliquer.

Mais le propos du narrateur (et donc de l’auteur) n’est pas là. C’est juste un prétexte, aussi peu plausible qu’il soit, qu’a simplement trouvé l’auteur pour pouvoir développer dans son roman son postulat et voir comment il pourra le faire évoluer. Ce postulat est celui-ci : si le corps d’un animal se change en un humain, l’esprit animal change lui aussi en esprit humain ? Dans Sylva, l’auteur part de cette situation : le renard est changé en femme, mais l’esprit conserve l’animalité dont il était pourvu avant sa transformation. De fait, le narrateur recueille chez lui une femme dont l’âme interne est restée celui de la renarde qu’elle avait toujours été jusque-là.

Alors voilà cet être au corps de femme humaine avec un esprit animal installé chez le narrateur. Et ce dernier consigne les difficiles étapes qu’il va traverser, avec l’aide d’une nurse, pour parvenir à extirper l’animalité du corps de Sylva et la muer en humanité, plus conforme à son nouveau corps. Et pour cela, apprendre déjà à parler, à se comporter, à reconnaître les objets autour d’elle, et même à se reconnaître elle-même. En un mot, apprendre à penser, à se penser, seul apanage de l’humain. Pas une mince affaire, car ils partent de zéro : Sylva, ainsi qu’on l’a nommé, a un esprit totalement vierge de toute expérience humaine. Elle ne peut même pas être assimilée à un enfant, puisqu’elle n’est pas née humaine ni n’a grandi dans une famille humaine. Le narrateur réussira-t-il dans son objectif d’amener Sylva à accéder au statut d’humain à part entière ? La fin réserve une surprise ! Comme quoi, les frontières entre l’humain et l’animal peuvent comporter des passages entre elles inattendus. Autre problématique, comment faire accepter dans la société cette jeune femme comme surgie du néant, sans aucun état civil car née d’aucuns parents humains ? Une seule solution possible.

J’ai trouvé le propos très intéressant. Et l’auteur est un véritable écrivain, doté d’un très bon style, à l’analyse subtile. Je ne connaissais pas du tout Vercors, plus exactement, je le connaissais de nom sans avoir rien lu de lui. Avec « Sylva », mes attentes ont été comblées au-delà de ce que j’en attendais. Je découvre d’ailleurs que le rapport de l’humain avec l’animal est son thème de prédilection qu’il a exposé dans d’autres ouvrages, principalement un que je retiens, « Les animaux dénaturés ». Vercors est vraiment un auteur à découvrir et à lire, et qui mériterait plus de notoriété, au vu de son « Sylva », publié pour la première fois en 1961.

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