Ainsi les désertoirs de Henri Abril

Ainsi les désertoirs de Henri Abril

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Poésie , Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 30 janvier 2026 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 78 ans)
La note : 8 étoiles
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Des sixians sous une nouvelle forme

La littérature n’a pas de frontière, elle appartient à la planète entière et Henri Abril nous le prouve une fois de plus, il écrit des vers en français, il est d’origine espagnole et y vit à nouveau, il a épousé une Ukrainienne et il a édité ce recueil dans mon Haut-Jura natal. « Si lointaines mes espagnes, si proche ton Ukraine / avec leur ferveur de nuits dénoyautées ». Non seulement son talent escalade les frontières sans aucune difficulté mais, de plus, il crée pour ce recueil une forme poétique nouvelle que son éditeur présente comme : « des sixains d’une forme inédite – comme éclatés par les obus et les drones : tercet enchâssé dans une rime slave (…), distique en italique, monostiche orphelin et rescapé… ». J’ai recopié le sixain ci-dessous pour éclairer cette description très littéraire :

« Les poésies d’amour en temps de guerre
Tu en savais sur le bout de la langue et des doigts,
ô loup somnambule sans cesse aux aguets

Trop éculée pour mourir la dernière aurore
Viendra rougeoyer hors des draps encore neufs

Guillaume tangue, coque échouée dans un désert »

Les poèmes d’Henri Abril sont très littéraires, très poétiques, leur musique est très douce à l’oreille mais leur texte plus violent pour le cœur tant ils évoquent des épisodes cruels, leur rythme est souvent marqué par de nombreuses allitérations. Si la forme de ses poèmes est séduisante et agréable à la lecture, le fond est beaucoup plus combatif. Herri écrit pour rendre hommage aux victimes innocentes de tous les conflits, notamment celles du peuple ukrainien agressé injustement, violenté dans ses chairs, bousculé dans ses droits. Dans ses vers on entend éclater les obus, hurler les sirènes, pleurer les femmes et les enfants. « Dans chacune de tes moutures se prolonge / Ce qui va recouvrir le râle des obus, / les sirènes aux ululements de violons // … ». Il avertit la Russie des risques qu’elle encourt à agresser le peuple ukrainien , « Toi-même comment pourras-tu survivre, Russie, / à la déroute des rhapsodes, / à la diaspora des plus blancs de tes cygnes // … ».

Henri évoque aussi nombre de grands poètes, pas forcément le plus médiatisés, ceux qui surtout ont écrit les plus beaux vers pour dénoncer les violences infligés à certains. « Alors un poème passe tel qu’un ange / aux entrailles domestiquées / yeux noir bitume ». J’ai retrouvé dans ces poèmes une allusion au désespoir de certains poètes venus de psys salves vers l’Europe de l’ouest où vers la l’Amérique de la Beat Generation. Poètes du désespoir de l’exile, de la douleur des guerres, de le désertion des combats perdus avant d’être engagés…

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