Lignes de partage: 22 poètes du Luxembourg
de Jean Portante

critiqué par Septularisen, le 28 septembre 2025
( - - ans)


La note:  étoiles
23 poètes du Luxembourg… Ou bien 14?
M. Jean PORTANTE (*1950), (1) traducteur, poète et romancier, figure incontournable des lettres luxembourgeoises (bien que vivant à Paris!..), nous propose ici une anthologie de 22 poètes et poétesses du… Luxembourg?..



En prolégomènes de cette recension, je voudrais dire à M. PORTANTE, (et ce sans faire preuve d’un quelconque sentiment de nationalisme exacerbé!...), que le fait que vous ayez passé votre jeunesse et/ou votre adolescence, ou bien fait vos études primaires/secondaires, ou bien encore que vous soyez installé au Luxembourg et y travaillez, ne fait pas de vous un… Luxembourgeois! Sinon, je serais fier de vous annoncer que M. Brian MOLKO (*1952) (2), le leader du groupe de musique «Placebo» est… Luxembourgeois! Et là, je ne suis pas tellement convaincu qu’il soit d’accord!..

C’est le fait d’acquérir la qualité de luxembourgeois qui fait de vous un… Luxembourgeois! Donc je me contenterai dans ma recension d’uniquement parler des 14 luxembourgeois, et passerai sous silence M. PORTANTE lui-même [qui très modestement d'ailleurs, n’hésite pas à parler de lui, et à se sélectionner lui-même dans sa propre anthologie (!!) sans compter les nombreuses fois ou il parle de lui-même à la troisième personne, bien sûr!..], et surtout de «l’arbre qui cache la forêt» de la poésie luxembourgeoise, à savoir Mme. Anise KOLTZ (1928 – 2023) (3), sans doute la plus grande poétesse du XXe S. au Luxembourg, et dont je vous ai parlé à de nombreuses reprises...

Voici donc que les 22, deviennent… 12!..



Ensuite, il faut dire un mot de la poésie luxembourgeoise qui, comme le pays, frontalier de deux des géants européens, nous donne une poésie qui n'échappe pas à cette règle. Écrite en trois langues, le luxembourgeois, le français, l'allemand - et même quatre si l'on songe à l'anglais de la diaspora - elle est l'espace d'une cohabitation linguistique heureuse, sans faire sourire. Cette anthologie nous fait donc découvrir les richesses inattendues de cette Babel européenne et moderne, puisque avec «Lignes de partage», c'est tout un territoire poétique quasiment inconnu qui se trouve enfin révélé!



Bien, ceci posé, je ne peux malheureusement pas vous parler de tous les poètes présents dans cette anthologie… Je ne peux toutefois pas, ne pas dire un mot du doyen de la poésie luxembourgeoise et sans doute le plus grand poète luxembourgeois actuellement vivant, j’ai nommé M. Lambert SCHLECHTER (*1941), et sa poésie intimiste composée de courts textes en vers ou en prose…



«September Song»



cabane souterraine

aux parois de torchis

dans un pays de forficules

et d’archanges poisseux



sourire vendu aux enchères

sans prix sans preneur

regard bradé sur des tréteaux

devant des badauds distraits



oublie tout ce que j’ai dit

les saisons n’ont plus de nom

efface tout ce que j’ai écrit

les mois se placent de traviole



les pommes oublient de mûrir

et les poires sont pourries

les trémières ont fleuri pour rien

et les belles de nuit pour des prunes



Un mot aussi sur l’autre «monument» de la poésie luxembourgeoise, qui en plus d’être poète est aussi hôtelier, galeriste et éditeur de poésie (4), M. André SIMONCINI (*1946)…



Dans le magma incendiaire

De la démesure humaine

L’attente se crevasse

L’haleine se momifie

Les pupilles s’immolent



Obscurantisme boueux

D’une pétrification cauchemardesque

Livrée au témoignage ébouriffé

De l’ordonnancement cynique

Du cimetière de l’outrage



Quelques dames aussi bien sûr!



Michèle THOMA (*1951), feuilletoniste et nouvelliste qui réside à Vienne et écrit en allemand. Sa poésie parle souvent d’amour, de sexe, du couple, de trahison, de l’amour finissant avec souvent un langage très direct, très explicite et très cru!..



«Ashen Lady, The Doors»



Petit rituel de pluie

feu de camp

de ma cigarette

sur le balcon.



Toi, mon homme

es très loin

de moi

comme la lune.

et si proche.



Ma cigarette sous la pluie

s’éteint, je fais tourner

ma bague.

Tu viens,

me donnes du feu.



Enfin, un mot sur la benjamine de cette anthologie, Mme Elise SCHMIT (*1982), enseignante. philosophe, philologue, qui s’exprime elle aussi en allemand…



«l’autre boîtier»



même si on ne le sait pas

il faut y croire

le monde est là, où aucun mot

tu n’dis rien, t’es dehors



tu le notes, tu veux dire

écoute et répète

rejoins-moi dans le boîtier

faisons comme si : ce serait à nous



ni portes ni fenêtres

en revanche des murs pour y grimper

des écrans aussi, malheureusement

tapis roulant sous les pieds



pas de coins, pas de direction

même pas de hamster dans la roue

homme boule, mais autrement

à ne pas séparer



on ne peut pas savoir

se bat pour des gousses et espère

qu’elles éclatent un jour

l’intérieur ne serait pas creux



Je dois dire, très honnêtement, que je finis plutôt déçu par cette anthologie, je m’attendais à de grandes découvertes, je me retrouve à devoir «m’accommoder», avec le très faible niveau des traductions de M. PORTANTE (que j’ai d’ailleurs déjà pu remarquer dans certaines de ses autres traductions), et avec son choix de poètes, plus que… disons… «Douteux»!..

J’ai surtout l’impression que M. PORTANTE a surtout fait ici une «auberge espagnole», avec tout ce qu’il a pu trouver à droite et à gauche, en raclant les «fonds de tiroirs», sans doute pour faire des pages et pouvoir vendre ce livre, - au format de poche -, aussi cher qu’un livre grand format!..

Je ne dirais pas pour autant que cette anthologie est nulle, mais je dirais : "Peux mieux (beaucoup mieux en fait!...) faire!



Pour finir cette recension, comme toujours, la parole à la poésie bien sûr… Et donc, j’ai choisi encore une fois pour vous, la voix de Mme. Michèle THOMA…



«Vieilles questions»



Est-elle jolie?

Est-ce qu’elle cuisine bien?

Repasse-t-elle? Fait-elle toutes ces choses,

que je n’ai jamais voulu faire?

Est-ce que tu la baises hautement,

la baises-tu profondément

comme tu m’as baisée moi jusqu’à ce

je ne fasse plus que crier ton nom?



Est-ce qu’elle contrôle tout?

Est-ce qu’elle met enfin

de l’ordre dans ta vie?

Et sa chair est-elle

plus jeune que la mienne?

Ris-tu avec elle?

Vis-tu aussi avec elle

des histoires de brigands?

Ou est-elle celle qui

te sauve de toi-même?



Et vous aimez-vous aussi

comme la mer,

comme si vous vous noyez?

Vous échouez-vous

l’un contre l’autre

comme des naufragés, couchés

comme des morts

l’un sur l’autre:

succombés, crevés.



Plus que

deux mains

qui se serrent, lasses.



Et dites-vous aussi ensuite:

ce n’est pas du sexe,

c’est de l’amour?



(1). : Cf. Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/34537

(2). : Cf. Ici sur Wiki : https://fr.wikipedia.org/wiki/Brian_Molko/…

(3). : Cf. : Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/14361

(4). : Cf. : Ici sur CL : C'est lui qui a édité la très belle plaquette de la poésie du Prix Nobel de Littérature, M. GAO Xingjian (*1940) dont je parle ici : https://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/68906