A Dieu vat
de Jean-Michel Guenassia

critiqué par Pacmann, le 3 janvier 2026
(Tamise - 60 ans)


La note:  étoiles
Inchallah, roman sur le pouvoir du destin
Jean-Michel Guenassia, formidable raconteur d'histoires, nous fait survoler une grande partie du siècle dernier, des années dix jusqu’au début des années soixante. Sans doute la porte ouverte à une possible suite, mais comme les romans de cet auteur n’ont pas toujours le succès espéré, ce n’est pas gagné.

L’histoire commence dans l’ambiance de l’insouciance du début du 20ème siècle où, du couple d’Irène et de Georges, couple désuni, naitront quatre filles avant la disparition du père lors du premier conflit mondial.
Ces circonstances vont conduire Irène et ses enfants, surtout Arlène, l’ainée, à fréquenter des familles aisées, celle de Madeleine et Charles, et surtout celle de Jeanne et Maurice.

Le destin de ces enfants de ces trois familles va nourrir cette saga familiale qui les conduiront à s’aimer, se mettre en couple mais aussi à se déchirer à la suite de différents malheurs ou mal-être de certains d’entre eux.
Arlène, dotée d’une intelligence supérieure, devient au fil du roman l’un des personnages principaux, luttant pour son émancipation tant vis-à-vis des lubies et frustrations de sa mère, et plus généralement d’une société encore masculiniste et pas encore dégagée du carcan qui cèdera lors de la révolution des mœurs fin des années soixante.
Daniel, fils de Madeleine et Charles, né le même jour qu’Arlène va jouer un rôle majeur dans cette histoire, comme les jumeaux Thomas et Marie, enfants de Jeanne et Maurice issus d’une bourgeoisie très engoncée dans des principes destructeurs.
Ces quatre protagonistes vont suivre des chemins différents pour tantôt se rapprocher, et tantôt se déchirer au fil des trente glorieuses, de l’occupation, des périodes troublées lors des guerres d’Indochine et d’Algérie.

De ces couples, ou en dehors, des enfants naissent aussi et prolongent les relations d'amour-haine de leurs parents. Mais malgré tout, l’abondance de personnages ne m’a pas perturbé et le fond historique caressé subtilement par l’auteur donne une lumière qui éclaire d’un bel éclat ce récit très fluide et prenant.

Cependant, même si je reste un lecteur très positif à l’égard de Jean-Michel Guenassia, j’ai de la peine à retrouver le niveau de ses deux premiers romans que son « La Vie rêvée d’Ernesto G » et surtout « Le Club des incorrigibles optimistes ».

On retrouve presque dans ce dernier roman un style proche de ce qu’a écrit récemment Pierre Lemaître, voire encore Nicolas d’Estienne d’Orves, certes tous les deux des auteurs que j’apprécie et qui donnera au lecteur de ma critique une idée de ce qu’il doit attendre de ce malgré tout bon roman.