Correspondance 1919-1944 : Peut-on changer sans revenir à l'ancien ? changer en avant ?
de Paul Éluard, Jean Paulhan

critiqué par Sahkti, le 8 janvier 2005
(Genève - 46 ans)


La note:  étoiles
Eluard et Paulhan face à eux-mêmes
"Je ne pense pas tout à fait, avec notre ami commun, Monsieur Ozenfant, que la beauté est au commencement ou bien à la fin de l'art. Elle me semble un accident, comparée à ce sentiment - qui n'est pas la réalité, ni l'idéal, ni... mais seulement une présence, et cette sorte d'anxiété qui l'accompagne. "
(Lettre de Jean Paulhan à Paul Eluard, extrait, 17/01/1919)

C'est en 1919 que Paul Eluard et Jean Paulhan se rencontrent, après avoir échangé une quinzaine de lettres. Un échange qui ira en s'intensifiant au cours des 25 années qui suivirent. C'est cette correspondance que Claire Paulhan nous présente rassemblée dans un bel ouvrage, nous permettant ainsi d'entrer un peu plus dans l'intimité des deux écrivains.

Eluard lit Paulhan et ses traductions de poèmes malgaches, il a 24 ans, il envoie des textes poétiques à Jean Paulhan (dont "Le Devoir et l'inquiétude"). Un profond respect ainsi qu'une reconnaissance mutuelle voient le jour, bien au-delà d'une simple relation amicale. Chacun semble comprendre l'autre sur le bout des doigts, déchiffrant entre les lignes ce qui veut être dit ou murmuré.
"Les mots ne sont pas une traduction des pensées mais une chose eux-mêmes".

Au total 126 lettres dans lesquelles on devine les silences, on assiste aux ruptures et aux querelles, on admire la virtuosité du langage, on comprend le contexte politico-culturel de leur époque et son influence sur les deux hommes.
Poèmes et commentaires se marient à des anecdotes ou des critiques diverses, le tout accompagné de quelques photos et reproductions de lettres originales.