L'oeuvre de chair
de Henri Vincenot

critiqué par CCRIDER, le 10 décembre 2004
(OTHIS - 76 ans)


La note:  étoiles
Eloge de la chasteté
Ce livre est un immense hommage à la Bretagne et à la Femme qui est placée si haut sur son piédestal que le jeune homme ( démarque de Vincenot ) doit s'imposer , comme le preux chevalier , moults épreuves et sacrifices pour la mériter ...
Voilà un idéal en totale contradiction avec les canons de l'hédonisme actuel et les pratiques vantées par certaines romancières lubriques que je ne souhaite pas citer .
Nous sommes dans le registre du romantisme et de l'amour courtois . Ce qui pourrait sembler paradoxal quand on se souvient de la truculence et de l'impression d'épicurisme que dégageait le regretté Vincenot , l'extraordinaire barde bourguignon , chantre de la celtitude disparu en 1985 avec ses moustaches à la gauloise , ses magnifiques gilets chamarrés et son sourire malicieux .
L'intrigue est digne de la Princesse de Clèves ou de Roméo et Juliette : le "jeune homme" tombe éperdument amoureux d'une "jeune fille"entraperçue lors d'une veillée traditionnelle bretonne . Il ne parvient pas à lui parler . Il entame alors une longue et chaste quête qui l'amènera au Maroc en pleine guerre du Rif où il récoltera une blessure assez peu glorieuse . Finalement , il la retrouvera pour s'apercevoir qu'elle ne correspond plus à son rêve et épousera sa marraine de guerre , une charmante bretonne , elle aussi . Celle pour qui il était fait et avec laquelle il accomplira la fameuse "oeuvre de chair" c'est à dire la procréation qui n'a rien à voir avec la fornication mais que Vincenot présente comme un acte sacré qui nous fait participer à l'oeuvre divine même de façon infinitésimale .
Le style est limpide , aisé , agréable . On ne s'ennuie pas un instant et les personnages sont attachants et bien rendus , dans leur idéalisme ou leur trivialité .
Bien sûr , on n'est pas obligé d'adhérer aux principes de l'auteur pas plus qu'à ses idées celtisantes , mais on ne peut s'empêcher de rester ébahi devant sa culture et se poser bien des questions sur nos dérives actuelles .
Un tout petit reproche : en linguiste passionné , Vincenot abuse un peu du " breton dans le texte" ( traduit plus loin ) au point de sembler presque plus bretonnant qu'un Pierre Jakez Hélias !
Eloge de l'Oeuvre de chair. 9 étoiles

Ce récit est un éloge de l'amour entre un homme et une femme sublimé par la chasteté, effectivement.
Vincenot, je dois dire le regretté Vincenot, l'irremplaçable, nous livre un récit de son meilleur cru. La scène symbolisant la défloration au travers de la rencontre des deux mains des amoureux est sublime. Il fallait y penser, et avoir le talent de Vincenot pour la mettre en mots. Le livre nous happe dès le départ, par le climat légendaire, les êtres authentiques de la Bretagne celte, les embruns, les roches et la mer. Vincenot qui dépeint si bien la Bourgogne, met le même talent à dépeindre la Bretagne puis le Maghreb. Un humaniste plein de talent qui arrive à faire philosopher sur l'amour un Berbère, un légionnaire et un soldat de l'armée française. A ce niveau ce n'est plus un écrivain, c'est un Enchanteur. On peut ne pas être d'accord avec l'auteur sur ses prises de position sur la femme, les juifs, les celtes, mais on doit lui reconnaître le talent de conteur. A la lecture du livre, écrit en 1985, je me suis demandé si Vincenot ne se ferait pas traiter de raciste de nos jours. Alors qu'il ne fait que révéler le bon sens qui présidait à la morale de nos anciens. La scène de la motorisation des bateaux est merveilleuse de prophétie. De plus Vincenot nous livre toujours ses pensées au travers de personnages bourrus, authentiques ce qui rend leur raisonnement encore plus sympathique. Un bon, très bon Vincenot.

Hexagone - - 53 ans - 29 avril 2009