Supplément aux mondes inhabités
de Xabi Molia

critiqué par Sahkti, le 11 novembre 2004
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Irréversible chute
"C'est vrai que je suis moins occupé, mais l'occupation, si on entend bien ce que ça veut dire, c'est de l'envahissement, c'est le travail qui nous envahit."

La présentation de l’histoire peut étonner. Le récit est chronologique mais numéroté en épisodes de manière inversée. On commence par le numéro 209 pour arriver au numéro 1, à la fin de l’ouvrage et cette phrase ultime : "L'homme n'est qu'un supplément négligeable dans cet Eden dont il aspire à sortir".
Un rien désarçonnée par ce fil linéaire faussement inversé, j’ai suivi avec une attention certaine la chute du héros, Victor, à la vie pas très gaie qui finit par se briser. Victor a une obsession : l’expédition lunaire et Neil Armstrong. Au point de relire sans cesse un magazine consacré à l’événement. Au point d’en perdre un peu la tête. Victor se découvre une ressemblance avec Neil Armstrong. Et aussi avec Alain Delon (j’avoue avoir comparé les photos des deux célébrités. sans grand succès…) Son exemplaire de Paris-Match 1969 est défraîchi à force d’être trituré. On a presque envie de le lui arracher des mains et en même temps naît une sorte de pitié, cette revue est son refuge, sa manière à lui d’échapper à un quotidien triste, à une sœur énervante, à des parents disparus, à un emploi peu enthousiasmant (les assurances).
Victor passe son temps à se raconter des histoires, cela devient agaçant, on aimerait qu’il s’extirpe de ce monde dans lequel il s’enferme, on sait que cela va devenir sa prison puis sa perte. La tête de Victor va mal et le lecteur suit le même parcours, le texte crée un malaise, on assiste impuissant à la dérive mentale d’un homme que la maladie ronge avant d’envahir le récit, à pleines pages. C’est déroutant, parfois gênant. J’ai trouvé que le récit de Molia manquait de chaleur et d’humanité. Le style est agréable, fluide et bien construit mais il n’y a pas d’âme. Simplement un homme blessé englouti par une maladie gourmande qui dérange progressivement le lecteur.