Pas encore une image
de Jean Daive

critiqué par JPGP, le 23 avril 2023
( - 77 ans)


La note:  étoiles
Jean Daive : défaire, faire
Bataille écrit que «l’oeuvre est oeuvre seulement quand elle devient l’intimité ouverte de quelqu’un qui écrit et de quelqu’un qui la lit". Néanmoins il arrive que les choses se "compliquent" dans la littérature et l'art contemporains.

S'y déploie la contestation mutuelle du pouvoir de montrer ou d'écrire. Et ce depuis le départ d'une expérience qui chez Jean Daive est presque "verticale". Pour s'en convaincre il suffit de se reporter aux derniers mots du livre : ""Pas encore une image" présente un établi de calculs, de méthodes, de chaos progressant vers un état d'unité. Il y a croissance à l'envers parce que l'enfant marchera, parlera grâce aux noeuds de développement".

Surgit dans le livre le bilan de cette marche. L'enfant est devenu vieux. Mais qu'importe. Le corpus n'en est que plus puissant. Rassemblant des entretiens avec Toni Grand, Sophie Calle, les Klossowsky, Jacquelin Risset, Daniel Buren et bien d'autres, Jean Daive prouve comment - et en interactions et connivences - art et littérature ont ouvert leur champ selon divers "incestes".

Par le corps exhibé de la peinture l'écriture trouve parfois une ouverture capitale. En retour elle crée des seuils aux images. Si bien qu'à la fin du siècle dernier s'instaure l'apogée d'une communauté inavouable entre les deux.

Entre un dire et un non-dire, un voir et un non-voir surgissent non seulement un croire voire ou un croire entendre. Loin des mises à l'écart, mots et images se répondent. Certes une dissimulation forcément s’y expose. Car l'écriture comme l'écritures en plus belles filles du monde ne peuvent donner que ce qu'elles ont en restant chacune de leur côté.

En ce sens chaque médium reste aussi dérisoire que précieux. Et de la sorte l’écrivain comme l'artiste reprennent un jeu que chacun a pu connaître mais qui soudain se développe en sortant de ses cloisons de sécurité.

Jean-Paul Gavard-Perret