Vivre vite de Brigitte Giraud
Catégorie(s) : LittĂ©rature => Francophone
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La litanie des si
Que ne ferait-on pas avec des si ? On peut tout imaginer, on peut tout refaire et tout recommencer avec des si. On peut aussi, comme dans ce livre de Brigitte Giraud, Ă©tablir une litanie des si, de tous les si qui, si seulement lâun dâeux avait Ă©tĂ© effectif, auraient empĂȘchĂ© la mort de quelquâun. Car câest bien le propos de lâautrice que dâexaminer la longue liste des circonstances, des Ă©vĂ©nements et des dĂ©cisions prises qui, au bout du compte, se sont soldĂ©s par la mort accidentelle de son mari Claude, le 22 juin 1999, laissant Brigitte sidĂ©rĂ©e.
Vingt ans plus tard, tout est encore lĂ , gravĂ© en elle, tout lâenchaĂźnement des conditions qui ont conduit Ă la mort de Claude, un matin oĂč, plutĂŽt que de se servir de sa propre moto, il dĂ©cida, personne ne peut dire pour quelles raisons, dâutiliser celle du frĂšre de Brigitte, un engin dâorigine japonaise (et dâailleurs interdit au Japon !), ayant la rĂ©putation, chez les motards, dâĂȘtre particuliĂšrement dangereux. Claude y perdit la vie, dâavoir voulu essayer cette machine qui ne devrait rouler que sur des pistes homologuĂ©es.
Ah ! Si les Japonais nâavait pas pris la funeste dĂ©cision de commercialiser ce type de moto en dehors de leur propre pays ! Et si Brigitte ne sâĂ©tait pas obstinĂ©e Ă vouloir quitter son appartement du centre de Lyon ! Si elle nâavait pas eu un coup de cĆur pour une maison avec garage ! Si elle ne lâavait pas achetĂ©e ! Si elle nâen avait pas eu les clĂ©s Ă lâavance ! Si son frĂšre nâavait pas voulu laisser sa moto dans le garage ! Et si, et si, et siâŠ
Cette litanie des si, Brigitte Giraud ne lâĂ©tablit pas et nâen raconte pas les dĂ©tails pour sâauto-culpabiliser, mais bien plutĂŽt comme une sorte dâenquĂȘte, peut-ĂȘtre libĂ©ratrice. AprĂšs tout, son histoire ne sâharmonise-t-elle pas avec celles de beaucoup dâhommes et de femmes qui pourraient, eux aussi, ruminant un Ă©vĂ©nement tragique de leur passĂ©, Ă©numĂ©rer leur propre liste de si ? Dâailleurs, en optant pour un style sobre et en se racontant comme on ferait des confidences Ă des amis, Brigitte Giraud peut ĂȘtre sĂ»re non seulement de susciter lâattention des lecteurs mais de trouver en eux des rĂ©sonances, celles dâhommes et de femmes qui voudraient, eux aussi, attraper un peu du bonheur de vivre avant quâil ne soit trop tard.
Les éditions
Vivre vite
de Giraud, BrigitteISBN : 9782080207340 ; 20,00 ⏠; 24/08/2022 ; 208 p. Broché
Vivre vite [Texte imprimé] Brigitte Giraud
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DĂ©jouer le destin par lâĂ©criture
Critique de Malic (, Inscrit le 9 décembre 2005, 85 ans) - 31 mars 2026
Vingt ans plus tard, toujours obsĂ©dĂ©e par ce drame, elle revient sur cet Ă©pisode marquant de sa vie, mais dans une optique diffĂ©rente, un besoin dâen dĂ©cortiquer les circonstances afin de dĂ©busquer celles qui ont contribuĂ© Ă lâaccident, voire celle qui a Ă©tĂ© dĂ©terminante, celle dont lâabsence aurait permis dâĂ©viter le drame. Au fil dâune dizaine de chapitres elle dĂ©vide une litanie des « si », conditions qui auraient effacĂ© lâaccident. Cette recherche ne va pas sans culpabilitĂ© car dans lâĂ©cheveau des circonstances, plusieurs sont du fait de lâauteur, qui Ă©crit « par ma volontĂ© jâavais prĂ©parĂ© les conditions de lâaccident. »
Mais le plus intĂ©ressant dans ce rĂ©cit câest le dĂ©sir de changer le destin du moins le temps de lâĂ©criture. Il aurait fallu si peu pour inverser le cours des choses que parfois on y est presque. Avant de partir en vacances le frĂšre de la romanciĂšre avait hĂ©bergĂ© sa moto chez le couple et lui avait remis les clĂ©s de cette Honda 900 CBR Fireblade, un monstre japonais superpuissant, interdit en dehors des circuits dans son pays dâorigine car trop dangereuse. Or câest sur cette moto au lieu de le sienne que Claude, cĂ©dant sans doute Ă la tentation de lâexpĂ©rimenter, sâest rendu Ă son travail et on peut penser que cela a jouĂ© un rĂŽle important dans lâaccident et dans sa gravitĂ©. ArrivĂ©e Ă ce moment du rĂ©cit lâauteur sâexhorte face au cadeau involontairement empoisonnĂ© de son frĂšre : « ne prends pas les clĂ©s ! »
Dans le chapitre « Si jâavais tĂ©lĂ©phonĂ© Ă Claude », on approche encore davantage du dĂ©ni. Le jour du drame lâauteur Ă©tait passĂ©e voir son Ă©diteur Ă Paris et avait ensuite rendu visite Ă une amie. Chez cette derniĂšre, elle avait lâintention dâappeler son mari pour lui dire de ne pas faire le dĂ©tour par lâĂ©cole, le pĂšre dâun copain de classe de leur fils le prenant en charge. Or accaparĂ©e par la discussion avec lâamie, elle laisse passer lâheure de tĂ©lĂ©phoner. A la fin du chapitre, elle sâinterpelle dans cette injonction en forme dâoxymore : « LĂšve-toi et appelle. Il est encore temps dâempĂȘcher ce qui va arriver. »
Le style sâefforce de rester neutre et de traquer avec une prĂ©cision maniaque tout ce qui a pu gĂ©nĂ©rer lâaccident. MalgrĂ© tout un certain humour (noir) perce parfois. Ainsi lorsque quâest Ă©voquĂ© lâaccident de moto de Stephen king survenu trois jours auparavant. Le couple, qui apprĂ©ciait King, en avait eu vent mais lâimaginait bĂ©nin. Sâils en avaient connu la gravitĂ© ou mieux ( !) si on avait annoncĂ© la mort de lâamĂ©ricain, Claude aurait sans doute Ă©tĂ© plus prudent. Et lâauteur Ă©crit « Je lui en ai un peu voulu Ă Stephen King de ne pas ĂȘtre mort»
Une quĂȘte compulsive, une tentative fascinante de dĂ©jouer le destin le temps de lâĂ©criture.
Vivre vite : 20 ans de quĂȘte ; autobiographique
Critique de EugénieA (, Inscrite le 10 août 2014, 29 ans) - 29 juillet 2025
Je conseillerai ce livre car il parle de la vie.
Paradoxalement, une VIE qui se construit sur une MORT.
N'est-ce pas universel ?
Le texte est d'une grande justesse. Un cadeau de la part de l'auteur.
J'ai apprécié son courage pour se livrer ainsi. En dévoilant toutes ses théories, ses recherches et ses hypothÚses, je trouve que l'auteur nous montre sans honte un vortex du fonctionnement humain : le processus de deuil, la peine de l'amour peuvent nous faire faire des choses insensées, parfois grotesques.
Comme l'ont dit d'autres critiques, je confirme également que ce roman est sujet à identification, en créant en moi plusieurs émotions fortes.
Le sujet reste difficile et lourd, mais je dois dire que ce livre m'a plu. Prix Goncourt mérité
Et si...
Critique de Cédelor (Paris, Inscrit le 5 février 2010, 54 ans) - 2 août 2024
Ce livre, « Vivre vite » raconte lâun de ces deuils, vĂ©cu par lâauteure, Brigitte Giraud, dont le mari sâest tuĂ© Ă moto un funeste jour de 22 juin 1999, dernier mois de juin du dernier siĂšcle avant le nĂŽtre. Jeune, il lâĂ©tait encore, Ă 41 ans. Oui, il nây a pas vraiment dâĂąge pour vouloir vivre vite, mĂȘme un moment, un seul, au milieu dâune vie devenue adulte, responsable, mariĂ© et pĂšre dâun enfant.
Mais au fait, que sâest-il passĂ© dans sa tĂȘte, ce jour-lĂ , un jour comme un autre, que rien ne semblait diffĂ©rencier dâautres jours tout aussi ordinaires et banals, et qui pourtant fera une diffĂ©rence tellement Ă©norme, celle du passage de la vie Ă la mort, pour quâil en arrive Ă mourir, bĂȘtement, stupidement, irrĂ©mĂ©diablement ?
Câest toute cette question du comment cela est-il, a pu arriver, cet accident qui nâaurait jamais dĂ» avoir lieu, que la femme de cet homme, 20 aprĂšs les faits, Ă©crivaine de son Ă©tat, tente de donner une rĂ©ponse, si elle est possible, en rembobinant tous les multiples faits qui ont prĂ©cĂ©dĂ© le dernier fait, inĂ©luctable et mortel, et qui aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ© si telle chose nâavait pas Ă©tĂ© fait, si telle autre chose avait Ă©tĂ© faite, si ceci, si cela etc, toute une litanie de « si » dont si un seul dâentre eux Ă©tait advenu, lâaccident nâaurait pas eu lieu et son mari serait Ă lâheure actuelle encore vivant et ce livre nâaurait jamais vu le jour.
Mais aucun de ces « si » nâest arrivĂ© et Brigitte Giraud a donc fait ce livre, un peu en mĂ©moire de son mari qui nâest plus de ce monde, mais surtout pour retracer lâenchainement des faits qui a abouti Ă cette mort, pour, en maniĂšre de catharsis, tenter de la comprendre Ă dĂ©faut dâen pouvoir changer quoi que ce soit. Et il est vrai que sa dĂ©monstration est impressionnante de maĂźtrise, sans pathos, mais avec une Ă©motion retenue qui transparaĂźt Ă toutes les pages. Et câest efficace, construit comme un thriller, et on tourne les pages, happĂ© par le rĂ©cit de lâĂ©tonnant enchaĂźnement des faits qui donne lâimpression quâil ne pouvait quâaboutir Ă la mort de son mari, que cette ultime finalitĂ© ne pouvait ĂȘtre quâinĂ©vitable. Il est vrai que câen est troublant, tel que Brigitte Giraud le rapporte, avec ses drĂŽles de coĂŻncidences et lâentrecroisement parfait des timings. AprĂšs, câest au jugĂ© de chacun dây voir du sens ou non, de la prĂ©destination ou non.
Une Ă©criture simple, facile Ă lire mais dotĂ©e dâun style efficace, un rĂ©cit bien construit du dĂ©but Ă la fin, donne un livre fort et digne, quâon ne peut que saluer, qui marque, et qui donne Ă rĂ©flĂ©chir sur le sens de la vie et du destin, si destin il y a.
La torture des contingences
Critique de Elko (Niort, Inscrit le 23 mars 2010, 50 ans) - 5 novembre 2023
Dans cette démarche, aussi vaine que probablement essentielle pour l'auteur, on comprend comment un tel événement peut engendrer une vie de ressassement.
Ce roman est trĂšs accessible, grave sans ĂȘtre larmoyant, avec mĂȘme des passages plus lĂ©gers.
un questionnement tragique du sens de la vie
Critique de CHALOT (Vaux le Pénil, Inscrit le 5 novembre 2009, 78 ans) - 14 mai 2023
de Brigitte Giraud
206 pages
août 2022
chez Flammarion
Une enquĂȘte sur un drame de la vie
La vie et la mort sont indiciblement liées.
Brigitte Giraud ne raconte pas le drame de sa vie, quand son mari est dĂ©cĂ©dĂ© accidentellement Ă la suite d'un accident au « volant » d'une moto, elle mĂšne une enquĂȘte originale.
Ce qui importe n'est pas ce qui s'est passé ce 22 juin 1999 mais ce qui a conduit cet homme aimé, avec qui elle avait des projets d'avenir à enjamber cette moto, interdite de circulation au Japon à cause de sa dangerosité.
Le couple, pressé de se construire une autre vie avec leur fils, leur grand amour à tous les deux, avait jeté son dévolu sur une maison.
Ils avaient mis du temps Ă trouver la perle de leur vie future et en oubliaient de prendre leur temps.
Pourquoi vivre vite ?
Brigitte Giraud, écrivaine, devait faire un saut à Paris, elle habitante de l'agglomération lyonnaise pour rencontrer son éditeur.
Ah si elle n'était pas allée vers la capitale ? C'est l'une de ses premiÚres réflexions.
Tout devait se dérouler simplement,Claude ne devait pas prendre cette moto que son frÚre avait garée dans le garage de leur future maison dont il avait les clés.
Il est un fan de moto mais aussi un bon conducteur.
Pourquoi a-t-il fallu qu'il prenne cette fameuse Honda 900 dite Lame de feu au lieu de la sienne ?
Avec des si, on refait et on défait le monde et on refait l'histoire.
L'auteure nous invite Ă faire le tour de tous les si et ils sont nombreux et divers.
Le problÚme c'est qu'un accident n'est pas inéluctable mais imprévisible et dépend de circonstances bien précises qui s'enchaßnent.
Oui mais pour se reconstruire ou pour essayer de vivre, il faut comprendre.
Tout s'est enchaßné de la mauvaise façon et rien n'y a fait.
De toutes les questions que se pose Brigitte Giraud, une seule revient en boucle :
« Qu'est-ce qui lui a pris d'aller travailler, le mardi 22 juin au matin, avec la moto de mon frÚre, et pas avec sa propre moto, sa Suzuki inoffensive, sur laquelle il roulait plan-plan... »
La vie ce n'est pas toujours du « plan-plan » !
C'est un peu le sens de la vie que revisite l'auteure avec nos interrogations.
Jean-François Chalot
Récit cathartique
Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 61 ans) - 7 mai 2023
Dans ce livre, lâautrice retrace 20 ans aprĂšs le dĂ©cĂšs de son mari dans un accident de moto tous les autres choix dâelle-mĂȘme, du dĂ©funt et de protagonistes qui auraient conduit Ă Ă©viter ce dĂ©cĂšs.
Comme dit lâexpression, avec des si, on mettrait Paris en bouteille.
Mais outre la catharsis que constitue sans doute ce livre, Ă©crit avec une plume de grande qualitĂ©, je dois avouer que jâai plutĂŽt Ă©tĂ© dĂ©rangĂ© que sĂ©duit par ce catalogue dâhypothĂšses qui conduisent davantage Ă culpabiliser quâĂ se libĂ©rer.
Récit intime et émouvant mais inachevé
Critique de Ichampas (Saint-Gille, Inscrite le 4 mars 2005, 62 ans) - 18 février 2023
Son écriture est limpide, un récit intime et émouvant.
Ce livre mâa Ă©mue, je lâai lu rapidement mais je lâai refermĂ© avec le sentiment dâinachevĂ©
Jâai eu la sensation de tourner en rond, peut-ĂȘtre et certainement je mâattendais Ă autre chose.
"On rembobine cent fois"
Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 67 ans) - 9 février 2023
Ils venaient dâacheter une maison et Brigitte avait rĂ©ussi Ă avoir les clĂ© avant la vente.
Elle reprend chaque instant prĂ©cĂ©dent lâaccident, dressant la liste des "si", relatant sa culpabilitĂ© au fil des pages.
"Je reviens sur la litanie des "si" qui mâa obsĂ©dĂ©e pendant toutes ces annĂ©es. Et qui a fait de mon existence une rĂ©alitĂ© au conditionnel."
Un rĂ©cit sans pathos oĂč la douleur, le chagrin sont prĂ©sents sans ĂȘtre envahissants ; lâoccasion dâĂ©voquer son amour pour Claude et leurs souvenirs communs. Mais câest aussi un livre qui se lit comme une enquĂȘte pour essayer de comprendre les circonstances qui ont conduit Ă lâaccident mortel.
" Vous savez comme il est nĂ©cessaire dâattribuer la faute. MĂȘme si câest Ă soi."
Un livre touchant bien sûr, trÚs juste dans sa relation et sa construction.
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