Tarte aux phrases
de Jean Pézennec

critiqué par Débézed, le 18 avril 2022
(Besançon - 77 ans)


La note:  étoiles
Délicieuse recette
Dans le fameuse collection des P’tits cactus que je fréquente assidûment depuis plusieurs années maintenant, je n’y avais jamais rencontré cet auteur qui doit, avec ce recueil, y faire son entrée. Comme tous les créateurs d‘aphorismes retenus pour être publiés dans cette collection, Jean Pézennec est un excellent manipulateur de mots, il sait très bien les choisir pour jongler le plus aisément possible avec. Mais au-delà des mots, de leur choix et de leur usage, ce que j’ai surtout retenu à la lecture de ce recueil, c’est l’art de l’auteur de jouer avec les suggestions, les allusions, les impressions, les sous-entendus, toutes les façons de penser qui peuvent induire des doubles sens, des équivoques, toutes sortes d’élucubrations qui induisent des interprétations capables de jeter le trouble dans l’esprit du lecteur, de provoquer des confusions, de générer des éclats de rire explosifs à la découverte d’un sens induit plus drôle que le sens premier accepté par le lecteur.

L’auteur exerce son art en évoquant principalement l’homme, l’humanité, l’existence en général et le monde dans lequel l’homme se débat souvent comme il peut, comme il croit bien faire mais plus souvent pour se mettre en évidence ou en tirer un quelconque profit.

« Personne ne possède la science infuse. En revanche, nombreux sont-ils à posséder la science confuse ».
« Venu nul ne sait d’où, un cri formidable s’éleva, il retentit dans tout l’Univers : « Que ceux qui parlent pour ne rien dire se taisent ! » Et un silence de plomb s’abattit sur la Terre ».
« Question tout aussi insoluble que celle de l’œuf et de la poule : est-ce l’actualité qui fait les journaux télévisés ou sont-ce les journaux télévisés qui font l’actualité ? ».
« Toutes ces recherches sur l’intelligence artificielle. Et personne pour s’intéresser à la bêtise artificielle ! ».

Jean Pézennec réserve aussi de nombreuses réflexions à l’art d’écrire, l’envie d’écrire, le besoin décrire qui débouche hélas bien trop souvent sur l’incapacité de bien écrire. Ce qui n’empêche pas ces écrivaillons d’éprouver le besoin d’être lus, d’être reconnus, d’être admis comme des intellectuels…

« Echoué depuis des années sur une île déserte, l’écrivain en désespoir de cause, s’autoédita, mit son livre dans une bouteille et jeta celle-ci dans l’océan numérique dans l’espoir fou qu’elle finirait par toucher un lecteur ».
« Pour un livre écrit, que de livres torchés en trois coups de cuiller à mots ».
« C’était un jour de déprime où d’un ciel noir, il pleut des aphorismes ». Le rêve de bien des apprentis écrivains.

J’ai vu aussi quelques autres aphorismes évoquant le quotidien des lecteurs et les aléas qu’il comporte, j’ai particulièrement apprécié celui-ci :
« C’est l’histoire d’un fil électrique qui décide de rompre avec son isolement et met le feu à l’immeuble ». Ce petit fait divers pourrait bien cacher un double sens plus philosophique.

Les exemples que j’ai notés sont certainement insuffisants, mais une lecture attentive de la recette de la tarte aux phrases figurant sur la quatrième de couverture du recueil, guidera le lecteur vers une meilleures compréhension des intentions de l’auteur.