La France sous nos yeux. Economie, paysages, nouveaux modes de vie
de Jean-Laurent Cassely, Jérôme Fourquet

critiqué par Colen8, le 20 février 2022
( - 81 ans)


La note:  étoiles
« La Grande Métamorphose »
En trente ans la France s’est transformée à un point insoupçonné. Les changements d’une telle ampleur à une telle rapidité ont échappé au public en général, mais aussi à ses représentants supposés faire partie des élites. Dans la synthèse brillante et créative présentée ici (1), le pays a basculé dans un monde n’ayant plus grand chose à voir avec celui des Trente Glorieuses. Après les effets conjugués de la mondialisation et de la désindustrialisation, la crise des Gilets jaunes (2018-2019) suivie de la crise sanitaire (2020-2021) auront révélé une fragmentation accrue de la cohésion sociale, une plus grande dispersion de l’échelle des revenus et du patrimoine, par conséquent des tensions continuelles résultant de ces écarts.
Cela se voit à l’aune des territoires plutôt prospères pour les uns centrés sur les métropoles et quelques régions hautement attractives, largement perdants pour les autres situés dans des périphéries à l’écart de tout. Un tel phénomène qui se traduit aussi dans les urnes dessine dorénavant un paysage symbolique radicalement différent à partir :
- des brassages démographiques, sociologiques, territoriaux des habitants de tous âges, conditions et origines, de leurs modes de vie et de consommation matériels et culturels,
- du renouvellement des représentations collectives par les images, les habitudes alimentaires, la musique, le sport, les technologies : Etats-Unis, Japon et ailleurs (2),
- de niveaux d’éducation supérieurs (bac+2 à bac+5) accompagnant les couches sociales à l’aise avec la mondialisation, avec les activités et métiers relevant du numérique,
- de l’abandon progressif des économies primaire (matières premières, agriculture) et secondaire (industrie), ayant contribué à la contraction dramatique de la classe ouvrière, au déclassement et à la relégation des catégories sociales correspondantes,
- de la précarité des moins diplômés (sans le bac) dans un tertiaire de « back-office » ou du « care », autant de tâches ancillaires sans perspectives de carrière ni de salaire : logistique au sens large, services à la personne,
- des changements d’orientation politique marqués par le poids électoral grandissant des verts, des nationalistes d’extrême droite et gauche, des néolibéraux au détriment des autres partis allant de pair avec une forte abstention principalement chez les jeunes ayant en quelque sorte renoncé à être partie prenante de leur propre avenir,
- du recul du catholicisme traditionnel (3) au profit de la religion musulmane devenue la seconde en nombre de pratiquants, du prosélytisme des évangélistes, du chamanisme combiné à d’autres spiritualités et philosophies syncrétiques.
On mesure encore les changements dans les néologismes ou anglicismes en passe de devenir les mots-clés du vocabulaire courant : back-office, care, cassos, coworking, digital native, fast fashion, gentrification, go fast, hard discount, low-cost, plateformisation, premiumisation, silver economy, startupper, tacos…
(1) Abondamment documentée par la bibliographie, les enquêtes et sondages, les monographies de territoires significatifs, illustrée par une kyrielle de cartes et graphiques thématiques, de tableaux statistiques.
(2) Par exemple pour les Etats-Unis : Disneyland, McDo, jean, coca, clubs country, pole dance, blockbusters, bikers, réseaux sociaux ; pour le Japon : consoles de jeux, dessins animés, sushis, mangas, Japan Expo ; venant d’ailleurs : halal, kebab, chicha, narguilé, pizza.
(3) 20% de baptisés parmi les naissances, 91% des moins de 35 ans ne sachant pas ce que représente la Pentecôte, délabrement des édifices religieux.