Drieu La Rochelle a eu des tendances fascistes, c’est un fait indéniable. Mais pourquoi se concentrer sur l’Histoire personnelle de l’auteur alors que ses romans sont d’une richesse incroyable ?
Dans « Gilles », l’auteur a voulu aller au fond de sa pensée et expliquer la raison pour laquelle il se retrouvait dans le fascisme ambiant de l’époque. Dès la préface Drieu écrit qu’il est inévitable de parler de politique lorsque l’on évoque la vie et la construction du roman témoigne de ce fait. Le récit est partagé entre trois grandes parties : Le retour de la guerre et les rencontres avec les femmes, la confrontation des ses idéaux politiques avec les sensibilités qui l’entourent et enfin son engagement dans la voie qui paraît la plus appropriée à ses desseins. Au fil des pages, on extériorise la pensée de Gilles, initialement recluse dans le personnage, pour finalement observer sa mise en œuvre pratique.
Lorsque Gilles rentre de la guerre, il fait preuve d’une certaine nostalgie qui déroute un peu dans un premier temps mais que l’on comprend par la suite. Mais ce que l’on observe surtout ce sont ses exigences relationnelles, en particulier envers les femmes. Ces dernières, pour être attirantes à ses yeux, ne doivent pas parler beaucoup mais surtout doivent manifester une intelligence subtile et préserver un côté mystérieux. Du moment que la femme succombe au charme de Gilles, elle perd tout intérêt et devient méprisable. Dans cette attitude, il y a le plaisir de la conquête bien entendu, mais il y a surtout la volonté d’une confrontation des personnalités, une recherche d’avilissement ou de déstabilisation. Il en découle une attirance envers les putains qui ne montrent aucun signe d’attachement.
Tel est le premier trait de caractère que nous pouvons observer, une recherche du beau et de l’inédit, de l’imprévu et du prestigieux, de l’indifférent et du mystérieux. A cela, on peut aussi noter quelques propos antisémites mais qui n’ont pas d’intérêt à être développés puisqu’ils sont déjà connus avant d’ouvrir le roman.
Ensuite, le roman quitte les sentiments de Gilles pour s’intéresser à ses opinions politiques dans une confrontation avec les idéologies de l’époque. Il côtoie les membres du groupe « Révolte » qui fomentent un attentat contre le Président Morel. Toute sa philosophie quasi-mathématique vient éclairer mais aussi percuter notre cerveau : le Communisme est un modèle impossible à mettre en œuvre et annihile toute personnalité ce qui est un obstacle à l’épanouissement personnel de chacun. Mais d’après Gilles, le Communisme, par son incompatibilité avec la race humaine, pourrait amener à la destruction et faire renaître une aristocratie semblable à l’époque médiévale qu’il vénère tant. Le Nationalisme, même s’il exalte les valeurs d’une nation, ne pourrait qu’accroître les hostilités entre les différents pays et la volonté d’une Europe unie se solderait par un échec. Vient enfin le Fascisme qui lui apparaît comme la solution la plus appropriée pour en finir avec cette modernité décadente et méprisable. Selon Gilles, du Fascisme émanerait une entente mutuelle entre les nations car il se réfère aux racines profondes de chaque pays et accepte sans confrontation guerrière un échange culturel entre les différents Etats. Mais surtout, le Fascisme selon Gilles place la valeur intellectuelle d’une personne avant sa valeur financière et c’est sur ce point que de nombreux socialistes ont embrassé les idées fascistes. Le côté social n’est plus que le reflet de la personnalité et non plus le pouvoir financier. L’aristocratie qui en découlerait serait basée sur des Hommes promus par leur intelligence et leur charisme. Enfin, selon Drieu La Rochelle le Fascisme est une idéologie de l’action et non pas de l’attente comme le Socialisme ou le Communisme qui sont fondés sur l’Espoir d’évolution et qui restent dans la stabilité.
Même la position envers l’Eglise est claire. L’Eglise est devenue décadente, à l’image de la société qui l’entoure. Soit elle suivra le pouvoir naissant et adoptera son image et sa rigueur, soit elle sera détruite pour être reconstruite par une foi qui ne pourra de toute façon disparaître puisqu’elle est le propre de l’Homme.
Puis vient l’application pratique de toutes ces idées. Gilles est confronté à des soulèvements en France engendrés par l’Affaire Stavisky, juif notable qui a magouillé et qui a laissé apparaître une économie au bord de la faillite. Il constate l’immobilisme des socialistes et des communistes qui se déclarent vainqueurs avant d’être au pouvoir et pensent qu’une situation de crise ne peut jouer qu’en leur faveur. Il va donc opter pour le côté fasciste et s’engage dans la guerre en Espagne, aux côtés des armées de Franco. Toute l’idéologie de la destruction se met en place. Gilles devient fanatique et son dégoût se transforme en satisfaction. Tout en versant une larme devant une construction romaine, il est pris d’excitation lorsqu’il se met à tirer sur des « Rouges ». Le danger n’existe plus, l’ennemi c’est l’Homme qui n’a pas envie de faire rejaillir les modèles ancestraux de l’ère médiévale, celui qui croît en l’égalité des Hommes ou encore celui qui veut conserver ce modernisme écoeurant et décadent. Les dernières lignes du roman sont vraiment époustouflantes et rythmées et l’image de Gilles qui nous apparaît dans la tête, même si après ces 700 pages semble compréhensible, n’en reste pas moins effrayante.
« Gilles » est un roman vraiment excellent et apporte une vision lucide et quasi-exhaustive de ce à quoi peut ressembler un Fasciste. Il va de soi que la pensée de Drieu La Rochelle est difficile à partager et pourtant il serait difficile voire impossible de dire pourquoi tellement elle semble logique pour l’auteur. Plutôt que d’interdire ce manuel comme l’ont décidé certains enseignants, il conviendrait d’en faire une étude approfondie afin de sensibiliser UTILEMENT les étudiants mais aussi de les informer. Le seul point négatif que l’on pourrait trouver à la pensée de Drieu La Rochelle, c’est cette volonté de laisser libre cours à une organisation selon l’intelligence. Cela lui va bien puisqu’il apparaît intelligent et n’est donc pas voué à être le larbin de la Nation mais plutôt de participer à son développement. C’est toute la réflexion sur l’égalité des Hommes qui est sollicitée. Apprendre à penser selon les différents points de vue, réfléchir à un système où chacun peut s’émanciper en tenant compte des intelligences diverses et variées… Bref, plus qu’un grand roman, « Gilles » fait énormément réfléchir sur l’organisation d’une société et de ce que représente la valeur d’un Homme.
Baader bonnot - Montpellier - 41 ans - 28 janvier 2009 |