Mes mauvaises filles
de Zelba

critiqué par Shelton, le 7 octobre 2021
(Chalon-sur-Saône - 66 ans)


La note:  étoiles
Un témoignage prenant et bien réalisé...
Je l’ai souvent dit, mais cela me semble important de le répéter, on peut tout raconter en bande dessinée. Mais si on le peut, reste à savoir si on en est capable, si ce sera accessible au lecteur, si ce sera de qualité… C’est pour cela que lorsque que l’on m’annonce un thème, une histoire, un cadre, une époque… j’attends toujours d’avoir lu l’album avant de me faire une idée précise… Et cette idée, soyons honnête, est parfaitement et totalement subjective car strictement basée sur mes ressentis lors de la lecture…

C’est pour cela que lorsque j’ai appris que Zelba allait sortir du une bande dessinée sur la mort assistée, j’ai attendu de lire le livre avant d’avoir une idée quelconque… Je savais que le thème était risqué mais on allait bien voir ce qu’elle allait en faire !

« Mes mauvaises filles » est, certes, un livre sur la fin de vie mais pas que… Il est aussi un hommage à une maman, à une femme, à une malade… Il est encore une tranche de vie de deux sœurs… Il est la mort mais aussi la vie… Il est souvenir mais aussi fiction… Il est réalité mais rêves et fantasmes… Bref, il est un peu tout et son contraire mais, là c’est une certitude, c’est un témoignage touchant et pétri d’humanisme avec une touche d’humour bien agréable !

Témoignage car Zelba ici ne nous raconte pas une fiction totalement sortie de son esprit mais bien les faits qui ont marqué la fin de vie de sa maman et auxquels elle a participé activement avec sa sœur ! Il lui a fallu du temps pour arriver à coucher sur le papier et à dessiner ce quelle avait au fond d’elle-même, ce qu’elle avait ressenti, ce dont elle se souvenait… Il a probablement fallu des étapes comme celle de se mettre en scène dans son album précédent «Dans le même bateau », d’y dessiner sa mère, d’évoquer déjà sa maladie… L’écriture de cet album, le dessin aussi, tout cela a dû lui demander de l’énergie, du temps et l’a probablement fait déborder d’émotion ! C’est ainsi, il y a des œuvres qui sont plus dures à créer que d’autres !

Ce qui est très intéressant dans cette bande dessinée (certains diront roman graphique et ils en auront bien le droit) c’est qu’à aucun moment Zelba ne tombe dans la donneuse de leçons. Elle ne théorise pas la fin de vie, elle parle de celle de sa maman et de la façon dont elle a dû vivre cette dernière avec sa sœur ! Et même quand on a abordé le sujet à l’avance avec la personne concernée, même quand on se croit préparé à bien vivre ces instants, force est de constater que le passage à la réalité est rude car la mort n’est pas un moment si simple que cela à vivre ! Et Zelba a trouvé les mots et les dessins pour nous faire vivre cela avec émotions et sans tomber dans le pathos… Très belle performance !

Que vous dire de plus ? Oui, peut-être quelque chose d’important pour chacun des lecteurs potentiels… La lecture partagée avec votre personne de confiance pourrait être l’occasion de parler de la façon dont vous concevez votre propre fin de vie. Trop de patients arrivent à cette fin de vie sans jamais avoir exprimé leur pensée. L’affaire dite Vincent Lambert (dont parle Zelba en épilogue de son livre) est devenu un drame familial car le patient n’avait jamais dit ce qu’il envisageait avant son terrible accident de la route… Alors si parler de sa propre mort peut sembler trop difficile, une lecture d’une bande dessinée peut aider à la discussion… Oui, moi, si cela m’arrivait… On peut d’ailleurs envisager deux positionnements, celui à la place de la maman de Zelba mais aussi celui à la place des deux sœurs…

Donc, une excellente bande dessinée à lire et à discuter ensuite avec ceux qu’on aime !