Les Mains libres
de Jeanne Benameur

critiqué par Clarabel, le 2 septembre 2004
( - 48 ans)


La note:  étoiles
Circonspecte
Cette lecture me laisse un goût de manque et de déception. Infime, mais persistant. Pourtant le roman se dote de très jolis passages, d'une écriture souvent lumineuse et transperçante. Toutefois mon attente ne fut pas à la hauteur du résultat. D'abord, l'histoire de cette vieille dame qui vit seule depuis la mort de son époux : Yvonne Lure est quasi transparente, elle pose toujours des regards baissés. Gênée, timide ou secrète ? On ne sait pas percer le mystère de Madame Lure. D'ailleurs, elle-même semble également se poser des questions. Il y a tous ces livres que son mari se plaisait à lire des heures durant. Il s'enfermait dans son bureau, sa bibliothèque et en ressortait le visage souvent épanoui et contenté. Elle, Yvonne, ne s'approchait des étagères que pour en défaire la poussière. Jamais elle n'a ouvert un livre, n'a voulu entrer dans une histoire, suivre des mots, des phrases et les prendre à son compte. Jusqu'à sa rencontre avec Vargas, un homme aussi mystérieux, un jeune homme qui vit dans une roulotte et qui ne sait pas lire. Les livres vont donc lier ces deux êtres finalement si semblables l'un et l'autre. Commence entre eux une étrange histoire. Timide. Un lien subtil qui se tisse. Une confiance.

Parallèlement, l'auteur a tenu à souligner l'importance des mains : celles de Vargas, aux doigts longs et fins, qui volent du chocolat au supermarché, celles d'Yvonne, petites et rondes, posées à plat sur ses genoux, qui lissent sans fin des cartes géographiques. Car Yvonne rêve de voyages, de lointaines contrées et de rencontres avec des créatures inabordables.
Assez énigmatique, "Les mains libres" est un roman qui laisse une impression étrange d'ensorcellement vicieux et dérangeant. Certains passages s'apprécient : les souvenirs des deux personnages, de leur enfance pour l'un ou de la vie maritale pour l'autre. D'une manière très intimiste et subtile, l'auteur tente de capter les destins obscurs de deux solitaires et de souligner toute la délicatesse de cette solitude.
les livres, liens ? 8 étoiles

Ce livre qui tisse le lien entre deux êtres solitaires m'a fort ému. Les livres du mari, non lus par l'épouse soumise et silencieuse, vont, par le biais de la lecture à voix haute au paria, susciter un lien avec un non lecteur et relier de la sorte le monde des liés au logis à ceux des sans logis fixes. Le voyage imaginaire de la liée va donc finir par rejoindre le voyage des gens du voyage. J'ai apprécié la poésie et le désir de rencontrer l'autre dans sa différence qui émanent de ce livre que j'ai lu avec grand plaisir.

Printemps - - 66 ans - 26 mars 2006