Khalat
de Giulia Pex

critiqué par Bluewitch, le 25 juillet 2021
(Charleroi - 43 ans)


La note:  étoiles
La petite kurde qui aimait Prévert
Khalat est une jeune kurde forcée de quitter la Syrie. Comme tant d’autres. Millions d’anonymes passant des camps à l’Europe. Printemps arabe, illusions perdues, guerre, désenchantement. Elle rêve d’une vie différente, d’un mariage d’amour, de poésie, mais finalement, elle sera aspirée dans le tourbillon du non-choix. Ça aurait pu être pire… ça aurait pu être différent.

Basé sur une histoire vraie, ce roman graphique aurait tout aussi bien pu être une fiction, car ces histoires-là sont légion. Dans une narration très factuelle, sporadique, d’une temporalité pleine de blancs, de courts-circuits, de moments éludés, silencieux, on suit le périple de Khalat, ses parents âgés et Kawa, le fils de son frère mort, le bébé séparé de sa mère.

La résignation surplombe chaque page, ce qui est refusé sera finalement subi, dans une résilience passive où même la naissance d’un enfant survient dans un black-out mental. Khalat, dans toute cette tragédie, n’est qu’une figurante dans l’histoire de sa vie.

Le parti pris narratif m’a souvent donné la sensation d’être hors du récit. Témoin étranger, lointain, d’une histoire dans laquelle je n’ai pu totalement entrer. Mais, il est vrai, comment laisser s’y infiltrer l’émotion sans qu’elle ne nous submerge ? Il fallait peut-être un garde-fou…

Le graphisme quant à lui joue aussi de ces silences narratifs qui offrent tout l’espace à la supposition. Des blancs à remplir, de l’intensité à mettre soi-même… ou pas. Entre ombres et lumière, on entre dans les focus intimes et pourtant d’une grande pudeur. Je ne suis hélas pas parvenue à y trouver autre chose que cette sorte de distance du sujet, malgré la qualité du trait et de la mise en page.