La reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde
de José Eduardo Agualusa

critiqué par Septularisen, le 27 juin 2021
(Luxembourg - 53 ans)


La note:  étoiles
L'HISTOIRE DE LA REINE QUI SE FAISAIT APPELER «ROI», QUI S’HABILLAIT EN HOMME ET QUI ENTRETENAIT UN HAREM D’HOMMES HABILLÉS EN… FEMMES!
Au départ de l’histoire, nous faisons la connaissance de Francisco José da Santa Cruz, un jeune prêtre brésilien, métis d'Indien et de Portugais. Il débarque à Luanda en Angola, afin de devenir le secrétaire de la reine Ginga, fille et sœur de rois, et reine elle-même. Celle-ci a en effet demandé à avoir un secrétaire pour mieux communiquer avec les portugais, la puissance colonisatrice de son pays.

Très vite Ginga évince tous les hommes de sa famille, et s'empare de tous les attributs du pouvoir. Mieux que cela, elle se fait appeler «Roi», s’habille en homme et entretient d’ailleurs un harem d'hommes qu’elle oblige à s’habiller avec des vêtements de femmes! Malheureusement, les relations avec l’occupant portugais se tendent et la guerre devient inévitable. Les armes à la main, à la tête de ses guerriers sur les champs de bataille, fin stratège et diplomate, Ginga se bat comme une lionne pour défendre son territoire et les acquis de son peuple.

La supériorité militaire des portugais fait toutefois très vite tourner la guerre en leur faveur. Ginga et ses troupes se retrouvent encerclés et dans le Quilombo (ville fortifiée) de l’île de Quindonga sur le fleuve Quanza. Tout le monde se prépare alors à un très long siège. Mais, parmi les assaillants une épidémie de variole se répand. Ceux-ci découpent alors les cadavres des victimes de la maladie en morceaux et les jettent à l’intérieur des murs du Quilombo à l’aide d’une catapulte. L’épidémie se répand ainsi aussi l’intérieur du Quilombo.

La situation étant désespérée, Francisco propose alors un plan à la reine Ginga. Il va écrire une lettre au commandant des assaillants, Antonio Dias Musungo, leur faisant croire à la reddition de la reine. Ainsi, pendant que les troupes ennemies fêteront leur victoire, les mercenaires de la reine vont tenter une sortie afin d’incendier la catapulte et profitant de cette diversion, la reine ainsi que sa suite vont s’enfuir du Quilombo par un chemin détourné.

En écrivant cette lettre Francisco devient un traître envers son propre peuple…

Quel conteur quand même ce José Eduardo AGUALUSA (*1960)! Avec ce livre sur la «Reine Ginga» (1581 - 1663), on attendait une biographie romancée de ce personnage historique, ayant réellement existé, et qui après avoir évincé tous les hommes de son entourage, régna sur ce que nous appelons aujourd’hui l’Angola. Mais… Non!
Lui, ce qu’il nous propose, c’est de découvrir cette femme exceptionnelle - qui tint quand même tête aux armées de colonisation Portugaises et Hollandaises - par le petit bout de la lorgnette. Nous la découvrons, elle et sa cour (avec notamment son harem… d’hommes, mais aussi la vie des esclaves, la vie des portugais fortunés de Luanda…), par le regard de son «secrétaire», qui est donc le véritable héros de ce livre.
Et oui, c’est Francisco José – ce jeune prêtre brésilien, métis défroqué et devenu père qui nous permet de découvrir le monde de cette époque, non seulement par les aventures qui lui arrivent (la guerre, l’emprisonnement, la torture, les combats, la condamnation…), mais aussi ses sentiments et ses émotions (la foi, l’amour, l’amitié, le suicide, la souffrance, la faim, la traîtrise, les luttes d’influence, la mort…). Un véritable personnage de roman donc…

Comme avec tous les livres de l’écrivain angolais, ce récit picaresque est véritable «tourne pages». On commence, on se laisse prendre, happer, on lit, on lit et on regarde et l’on s’aperçoit que l’on a lu 50 pages… Ou plus! C’est toujours aussi bien écrit, toujours avec un style magnifique. C’est facile à lire, avec une écriture qui se lit très aisément. Les descriptions sont vraiment très réussies, notamment les scènes de bataille. C’est simple, on s’y croirait! Il y a bien de temps en temps quelques longueurs, mais franchement cela ne gâche pas la beauté de l'histoire. Il faut juste faire preuve d’un peu d’attention afin de ne pas perdre le fil, notamment du fait des nombreux personnages qui nous sont présentés.

Voilà, je n’ai rien à dire de plus sur ce livre, mais si vous voulez découvrir l’histoire de l’Afrique (en général) et de l’Angola (en particulier), mais d’une façon tout à fait inhabituelle et insolite, complètement nouvelle par sa conception, n’hésitez pas... Précipitez-vous sur ce livre!