L'Enigme sacrée, tome 2 : Le Message
de Michael Baigent, Richard Leigh, Henry Lincoln

critiqué par Bookivore, le 2 juin 2021
(MENUCOURT - 38 ans)


La note:  étoiles
Moyen
En 1981, trois auteurs britanniques, qui s'associaient alors pour la première fois, publièrent "The Holy Blood And The Holy Grail", traduit en France sous le titre de "L'Enigme Sacrée". Les auteurs, Henry Lincoln, Michael Baigent et Richard Leigh (seul le premier cité est, en 2021, toujours de ce monde...), ont avec ce livre connu un succès monumental, mais aussi se sont pris des volées de scuds de la part de pas mal de gens : les catholiques, l'Eglise, les historiens...
Il faut dire qu'il y avait de quoi : dans ce livre, les auteurs déroulent un scénario absolument ahurissant qui aboutit à la conclusion suivante : Jésus n'est pas mort sur la croix, il a survécu, et il a quitté la Palestine avec sa femme - car il était marié, avec Marie-Madeleine - et son ou ses enfants nés ou à naître. Sa descendance a donné les rois mérovingiens, lesquels ont été sauvagement abolis par l'assassinat de Dagobert II et l'avènement des carolingiens. Sa descendance, au Christ, vit toujours, et pour protéger ce secret historique une société secrète, le Prieuré de Sion, a été conçue au Moyen-Âge, et persiste encore. Celui qui, au moment de la parution du livre, la dirigerait, serait un certain Pierre Plantard de Saint-Clair, descendant du Christ. Ah oui, au passage, l'énigme de Rennes-le-Château, point de départ de l'innocente (au départ...) enquête des trois Anglais, est un des maillons de la chaîne, de même que le trésor des Templiers...
Le livre était absolument passionnant à lire et relire, on le savoure comme un roman ésotérique (Dan Brown pillera sans vergogne dans "L'Enigme Sacrée" pour "Da Vinci Code"), mais à la seule et unique condition de ne rien prendre pour argent comptant : il s'agit en effet d'un gros canular que ce Prieuré de Sion, mis en place par Plantard (qui n'était absolument pas de Saint-Clair et absolument pas de belle descendance) et un ou deux complices. Les auteurs se sont laissés piéger en beauté, malgré que le résultat de leur enquête était, il faut le dire, trop beau pour être vrai (vous vous rendez compte de l'incroyable écheveau qu'il s'agissait ?).

Ils se sont tellement laissés prendre au piège qu'en 1986 ils ont publié "Le Message", ce livre-ci, qui propose la suite et fin de l'enquête. Autant le dire, si le premier livre est excellent (il faut vraiment le prendre pour un roman, si on le prend pour argent comptant, on ne pourra que rigoler devant l'improbabilité des résultats), "Le Message", lui, peine vraiment à convaincre. Les auteurs eux-mêmes, d'ailleurs, par moments (dans la troisième et dernière partie, dans laquelle ils abordent le cas d'une cabale organisée par des financiers américains contre le Prieuré de Sion), semblent hésiter, canular ou véracité des faits ? Ils finissent par choisir la mauvaise option, croyant fermement, au final, à ce qu'ils écrivent. Plantard, par la suite, reconnaîtra avoir affabulé tout du long. L'ironie, c'est que quand Dan Brown a écrit son best-seller, la supercherie était avérée, mais il a fait exprès de ne pas le savoir, comme à son habitude. Bref.

Dans "Le Message", les auteurs nous offrent une biographie rapide (la première partie, 140 pages) de Jésus et des débuts du christianisme, allant jusqu'à émettre l'opinion que Jésus n'était peut-être pas aussi pacifiste que l'on le pensait. Puis, dans la seconde partie, ils font un tour d'horizon de la politique internationale du XXème siècle (les croyances des nazis, l'après-guerre, les prophéties de fin du monde) avant de reparler du Prieuré de Sion et de Plantard dans sa troisième partie.

Autant dans le premier livre, la ligne était facile à suivre, autant, là, c'est brouillon, un petit fouillis qui se lit facilement, mais qui ne laisse pas grand chose. Dans la troisième partie, on parle notamment de la loge maçonnique italienne P2 de sinistre réputation, ou du retour au pouvoir, en 58, de De Gaulle, autant de choses apparemment sans lien entre elles, excepté le Prieuré de Sion. S'il fallait croire Lincoln, Leigh et Baigent, cette société secrète qui s'avèrera fictive (du moins, pour le XXème siècle ; peut-être qu'il a autrefois, au Moyen-Âge, existé une société de ce genre, mais si c'est le cas, c'était il y à longtemps, et encore, même pas sûr) serait quasiment dirigeante du monde occidental. Prête à offrir au monde un Messie qui le dirigerait comme il faut, dans la paix et l'harmonie.
Bref, ça ne peut que se lire que comme un roman ésotérique, de même que le précédent opus. Mais malheureusement, ici, c'est un bien mauvais roman.
Je me demande ce que Lincoln pense de tout ça maintenant que la supercherie a été avérée...