Sauvageon
de Françoise Lison-Leroy

critiqué par Débézed, le 13 avril 2021
(Besançon - 74 ans)


La note:  étoiles
Petit Pierre enfant peu désiré
C’est un tout petit recueil de poésie en prose, ou alors en vers longs, une trentaine de pages, deux paragraphes ou deux strophes par pages selon l’option qu’on a choisi : prose ou vers, cinq ou six lignes, jamais plus. Rassemblés en quatre parties qui racontent la vie de Sauvageon. Sauvageon c’est petit Pierre : « Petit Pierre. Petite braise. Sauvageon. On te dirait enfant des bois et des ferrailles, fruit princier cueilli à même la falaise… ». Sauvageon qui vient de naître presque par hasard, apparemment, sans que ses parents le désirent réellement. « C’est un sauvageon. Ses parents n’ont pas eu le choix. Il était là, tout né, dans son berceau aux franges synthétiques… »

C’est peut-être pour ça qu’il reste mutique, qu’il demeure dans son coin à l’abri des regards. « Il gardera son gîte secret, une halte jamais répertoriée. Inscrite en lui, têtue, bâtie avec science et patience… ». Mais « Le silence est gourmand de mots… » et Sauvageon est devenu Petit Pierre, pétillant comme la braise, vif comme un feu-follet

Petit Pierre n’est plus un nourrisson, pas plus un minot, c’est un petit garçon très dégourdi qui sait déjà construire son monde, « Jouer. Fabriquer des outils, ériger des cabanons d’un jour, des mâts pour tout un siècle… ». Petit Pierre n’était peut-être pas attendu, il n’a pas lui non plus attendu que les autres l’aident. Il a construit son univers : « Sauvageon. Te voilà installé sur la rondeur du monde, sans savoir où t’emportera le dernier grain… ».

Dans un texte très, très épuré, Françoise Lizon-Leroy a écrit l’histoire d’un enfant non désiré, c’est du moins ce que j’ai compris dans ce texte minimaliste, extrêmement poétique, d’une légèreté arachnéenne et même si « Les chagrins galopent entre les lignes… », l’élégance, la douceur, la tendresse constituent le monde où Sauvageon écoule ses jours dans une grande paix. Un monde comme celui qui existait avant quand les hommes étaient capables de satisfaire leurs besoins avec les seules forces et adresses de leurs mains.