Jonas Fink, tome 2 : L'apprentissage
de Vittorio Giardino

critiqué par Kostog, le 14 avril 2021
( - 49 ans)


La note:  étoiles
Une si belle déstalinisation
Dans le second volume de la série Jonas Fink, intitulé L'apprentissage, nous nous trouvons dans les années charnières qui suivent les révélations du rapport Khrouchtchev. Les partis communistes rentrent dans la phase d'hypocrisie et de dénonciation des erreurs staliniennes, mettant en avant quelques boucs émissaires, afin de mieux sauvegarder un système dont la nomenklatura est déjà bien établie.

Jonas Fink, est accepté comme apprenti maçon sur un chantier, où bientôt le plombier Slavěk le prend sous son aile. Avec ce personnage débonnaire et amateur de pilsens, Vittorio Giardino réussit à créer un double du fameux Chvéik, cette fois non pas pour se moquer des pesanteurs et des ridicules de l'administration austro-hongroise comme le faisait Jaroslav Hašek, mais pour rire des dérives de l'ineptie communiste. L'imbécillité souriante de Slavěk et ses comparaisons totalement déplacées offrent un miroir au crétinisme sûr de lui du socialisme vainqueur.

Jonas a la chance d'être employé comme commis à la librairie Pinkel tenue par un ancien ami de son père. Peu de temps après, il revoit Jiri, son camarade d'école. Celui-ci a créé avec quelques amis une « association pour la survie mentale », le groupe Odradek. Il propose à Jonas de les rejoindre pour assister à leur prochaine réunion pendant laquelle les jeunes gens lisent en catimini des auteurs interdits par le régime. Jonas, lui, est surtout troublé par la présence de Tatiana, une jeune étudiante qui fait partie de l'association ! Mais, l'idylle ne se déroulera pas sans heurts, car les parents de Tatiana, diplomates russes, n'entendent pas que leur fille fréquente le fils d'un condamné pour activités contre-révolutionnaires...

On l'aura compris, ce second album est à la fois un roman d'initiation et une assez fidèle évocation des années Khrouchtchev de la Tchécoslovaquie communiste. Le scénario est d'un grand classicisme, mais contient tous les ingrédients pour séduire le lecteur : des amours clandestines, des trafics de livres sulfureux, des traducteurs et des écrivains qui se savent suivis par une police passée maître dans l'art de contraindre un citoyen sur deux à devenir le mouchard de son voisin.

Le dessin de Giardino est toujours aussi convaincant. L'auteur ne ne nous laisse pas seulement admirer quelques monuments connus de la capitale tchèque comme ont pu le faire d'autres dessinateurs, mais nous permet de déambuler dans la ville de Prague, ses ruelles, ses arcades et ses cabarets, ce qui contribue grandement à la justesse de l'atmosphère et à la beauté de l'album.