Papiers de soie
de Isolde Kovalitchouk

critiqué par Débézed, le 10 avril 2021
(Besançon - 74 ans)


La note:  étoiles
Poèmes ciselé dans de la soie
Isolde est une artiste de la matière et de la couleur, elle plisse et elle teint, mais surtout elle crée des vêtements pour le théâtre, les défilés, pour d’autres circonstances encore, elle dessine et coud aussi des vêtements de luxe mais, parfois, elle pose ciseaux, aiguilles et tout son attirail de couture et de teinture pour prendre la plume. Ecrire n’a pas été chose facile, elle le raconte dans ses vers :

« Ecrire puis lire son texte / Elle a le trac / La trouille / Les chocottes /Les copeaux / Les foies / les jetons / La traquette / … / Elle a plongé dans ses mots / Gribouillés / Raturés / Elle a trituré le coin de sa feuille / Sa voix éraillée est remontée du fond de ses entrailles / D’abord hésitante / A demi-mots / Puis elle s‘est lancée / Un jaillissement incontrôlé ».

Le résultat a été à la hauteur de sa hantise, elle raconte avec une grande légèreté, une vibrante d’émotion, une certaine tendresse, beaucoup de délicatesse, sa vie, son monde, son univers, son métier, sa passion, son art. Ses longs poèmes en vers très libres sont comme de mini élégies. Elle y évoque les ruptures qui l’ont marquée : l’exil, le divorce et la mort qui rode partout.

Elle cisèle ses vers comme elle coupe et plie ses tissus, elle y glisse de la musique, y met du rythme mais surtout de la couleur :

« … / Les mots rouges coulent sur les murs noirs / Les murs noirs deviennent rouges de mots / Les mots rouges pleuvent et crépitent / Sur les murs sombres / … ».
« Moi je les aime ses mains de teinturière / Cuivrées écarlates parfois grenat ou pivoine / Pourpre ou rubis ».

Mais j’y ai surtout trouvé beaucoup d’âme et d’humanité notamment quand elle évoque la féminité, la fécondité, la maternité, l’art d’être parent en accompagnant ses enfants sur le chemin de la vie et encore plus l’art d’être la fille qui part à la recherche de son père égaré dans la montagne perdu dans son temps. Ce père qui pourrait être le sien …

« Prenez garde de ne pas l’effrayer / Il est dans son monde / En Russie / Caché/ Ne parle plus que sa langue / Parfois égaré / … / Je pense à cet étranger que je vais rencontrer / Mon père cet inconnu / Des années durant je l’ai cherché / Je viens entendre la vérité / … »

Née dans les tissus, elle a grandi dans l’art d’en fabriquer des œuvres d’art que désormais elle voudrait élaborer avec des mots pour dire son histoire, sa vie et ses passions mais aussi pour faire des choses belles avec le langue belle qu’elle travaille comme ses tissus.

Ce cadeau qu’elle nous fait !

Le chat polaire