Journal d'un bourgeois de Paris, de 1405 à 1449
de Inconnu

critiqué par Colen8, le 30 mars 2021
( - 79 ans)


La note:  étoiles
« … France en grand danger d’être perdue … »
En pleine guerre de Cent Ans trois branches dynastiques s’affirmant légitimes se battent pour le royaume de France. Du côté des Lancastre d’Angleterre successeurs des Plantagenet le roi Henri V devenu gendre du roi de France Charles VI se fait désigner héritier et régent en raison de l’incapacité mentale de gouverner de ce dernier. Son fils Henri VI sera couronné roi de France et d’Angleterre après leur mort à tous les deux. Simultanément le dauphin fils de Charles VI se fait sacrer Charles VII soutenu lui par le clan des Armagnacs, français donc, tandis que les ducs de Bourgogne Jean sans Peur puis son fils Philippe le Bon, du clan opposé des Bourguignons se rallient bientôt aux Anglais.
Il ne faisait pas bon vivre à Paris occupée par les Anglo-bourguignons, ni même après leur retrait. Tout accable le peuple démuni victime de maux qui se cumulent. Les récoltes sont mauvaises tantôt par suite d’intempéries incessantes tout au long de l’année, tantôt dues à des invasions de nuisibles. On meurt énormément, de froid, de faim, d’épidémies de peste ou de vérole, d’exécutions sommaires par décapitation ou pendaison, des combats entre groupes armés et des exactions commises par les bandes de brigands. Quelques lueurs subsistent et entretiennent l’espoir collectif : les processions à l’occasion des fêtes religieuses, la solennité des entrées royales dans la ville, les mariages et naissances princiers. Survivre y est plus facile pour les rentiers, les marchands, les prévôts, échevins et gents d’armes.
Singulière chronique d’une période noire, témoignage sans pareil de ce Bourgeois anonyme qui enregistre pendant près de 50 ans parfois jour après jour ce qu’il voit ou ce qu’il sait ! Y sont évoquées la dramatique défaite d’Azincourt qui livre la Normandie aux Anglais dont les archers deux fois moins nombreux n’en déciment par moins la chevalerie française ; la présence de Jeanne la Pucelle aux côtés des Armagnacs lors du siège d’Orléans, sa blessure au pied pendant une tentative malheureuse d’assaut à Paris, sa capture devant Compiègne, son procès et sa condamnation au bucher en ayant toujours affirmé n’avoir fait qu’obéir aux voix saintes.
Le récit est rendu accessible grâce à un travail historique de fond. Le texte est soigneusement annoté et commenté en relation avec les faits, les dates et les personnages historiques. L’orthographe modernisée en conservant le vocabulaire et la syntaxe, des notes, des cartes, des généalogies royales, des éléments biographiques des principaux acteurs expliquent le contexte d’une situation embrouillée au possible. Pour l’anecdote les villages entourant Paris portent déjà les noms des communes des départements limitrophes : Vanves, Clamart, Saint-Cloud, Boulogne, Nanterre, Aubervilliers, La Chapelle etc.