Les bracassées
de Marie-Sabine Roger

critiqué par Marvic, le 29 mars 2021
(Normandie - 62 ans)


La note:  étoiles
Gilles de tabourette et l’hippopodame
Madame Suzain est un veuve de 76 ans, obèse, agoraphobe et hyper angoissée. Ses seules sorties sont pour se rendre chez son praticien, Fiodor Borodine, un psy (?) hypnothérapeute dont elle apprécie les séances, séduite aussi par son côté slave. Mais il lui faut abandonner pendant ses séances, Mylord, "la prunelle de ses yeux", son carlin obèse diabétique qui a fait un malaise cardiaque.
Elle s’est donc décidée à mettre une petite annonce en écrivant qu’il s’agissait de quelques heures de ménage par semaine.
La jeune femme qui se présente est bien incapable de faire du ménage ! Harmonie, 29 ans, est atteinte du syndrome Gilles de la Tourette. La première rencontre est forcément compliquée, ponctuée de "putain-salope-enc... " ...et très douloureuse. Heureusement que Freddie le compagnon de la jeune femme n’est pas loin.
Quant à Mylord, il adore cette jeune femme qui aboie comme lui.

Les deux femmes seront pourtant obligées de s’apprivoiser et seront même rejointes par d’autres "bracassées", dont Elvire et son nystagmus avec "ses yeux qui ne bougent pas, ils dansent."
Mais handicapées ou pas, elles ont de la ressource et du dynamisme, ces femmes à qui la vie n’a pas fait de cadeau, et vont dépasser le regard des autres grâce… à un photographe.

C’est à la fois un récit très drôle et très touchant. Le parti pris de l’autrice d’écrire les passages concernant Harmonie sans ponctuation est judicieux même s’il est un peu fatigant pour le lecteur.
J’ai pour ma part, découvert la vie compliquée d’une personne atteinte du syndrome Gilles de la Tourette. "J’avais moins de 0,3 % de raisons d’être touchée et à bientôt trente ans je ne devrais plus l’être ou presque et de toute façon il y avait peu de risques que je sois affligée à la fois de mes tics de mes tocs de mes bouses de langage Grosse pute enculé. J’aurais eu plus de chance de gagner l’euromillions Dommage, vraiment dommage que je n’y aie pas joué."

On peut regretter des scènes trop loufoques ou improbables, mais il y a tant de bonne humeur, tant de justesse, d’émotions, de dynamisme, que l’on passe un très bon moment en compagnie de ces bracassées.
"On devrait toujours adopter le nom de ses symptômes syndromes affections craquelures du vernis On devrait les apprivoiser compagnons familiers leur donner un visage se les approprier s’en faire des alliés Ne pas nier la différence à quoi bon les damiers ne seront jamais identiques aux rayures On devrait en faire notre signature notre originalité."
Et puis, comme le dit si bien Harmonie, "le spectacle sans moi serait moins intéressant".

Un bon moment de lecture, une jolie et sympathique leçon de vie.