Visions d'elle
de Denitza Bantcheva

critiqué par Missef, le 21 mars 2021
( - 55 ans)


La note:  étoiles
Une si belle histoire d'amour filial
Résumé de l'éditeur:
« Elle existerait près de moi, sur du papier, sous cette forme-là. Je m’en contenterais, me rappelant que cela tenait du miracle plus que tout autre écrit réussi. »
Très vite après la disparition brutale de sa mère, à Sofia, en Bulgarie, où elle était née et avait vécu, Denitza Bantcheva commence à retracer son parcours, persuadée que si sa fille unique n’écrivait rien sur Annie, « sa vie n’aurait en définitive aucun sens ».
Elle en vient alors à confronter diverses visions d’elle — sous des angles qu’elle découvre parfois — qui composent le portrait d’un être rare, dont le destin témoigne cependant des épreuves les plus communes qu’on pouvait subir sous un régime totalitaire, comme au cours des années qui suivirent la chute du Mur de Berlin.
L’histoire familiale, l’histoire tout court et la réflexion sur le sens d’une existence s’entrelacent dans cet émouvant récit issu du deuil, et de l’amour d’une fille pour sa mère.


Mon avis:
Vous en avez assez des romans basés sur la famille (Vanessa Springora, Camille Kouchner pour ne citer qu'elles...) et dans lesquels on trouve les liens les plus sombres, les plus hideux qui peuvent apparaître au sein du noyau familial le plus proche ? Alors je vous conseille ce roman de Denitza Bantcheva. Certes, le point de départ est la mort par suicide de la mère de l'auteure, je vous accorde que ça n'a rien de réjouissant, mais ne croyez pas qu'il soit le prétexte ni à se plaindre de l'acte de la mère, ni des autres choix qui ont émaillé sa vie d'ailleurs, ni à geindre sur l'obligation qui est faite "à ceux qui restent" de vivre avec "ça", comme on l'entend souvent. Denitza Bantcheva est beaucoup plus subtile et intelligente que cela. Elle écrit pour le souvenir de celle qui lui a donné la vie. Pour qu'elle continue de vivre, en quelque sorte. Elle raconte une vie dans un pays sous dictature communiste, la Bulgarie, avec toutes les joyeusetés que cela implique, des tracasseries quotidiennes à la privation de libertés, à la méfiance, etc.
C'est un témoignage beau et émouvant, qui sait ne pas tomber dans le pathos et nous emporte du début à la fin. Une très belle découverte.