Le dernier enfant
de Philippe Besson

critiqué par Nathavh, le 22 mars 2021
( - 56 ans)


La note:  étoiles
Emouvant !
Anne-Marie et Patrick occupent leur pavillon depuis 30 ans, tout est impeccable, ordonné, rangé, comme leur vie. Ils ont trois enfants, et aujourd'hui, Théo le dernier, va quitter le nid familial et voler de ses propres ailes.

Une journée qui pourrait être banale mais pas pour Anne-Marie qui va vivre 24 heures compliquées, c'est ce que nous propose de vivre Philippe Besson, la dernière journée, celle de la séparation où pour Anne-Marie tout s'écroule !

On commence par le petit déjeuner, le dernier matin de Théo qu'ils iront installer tout à l'heure dans son 22 m². Philippe Besson nous emmène vraiment dans la tête d'Anne-Marie, il nous transmet ses émotions, ses réflexions avec délicatesse et beaucoup d'émotions.

Anne-Marie observe son fils avec amour, elle pense à tout ce qu'ils ont vécu ensemble, à tout ce qu'ils ne feront plus, à tout ce qu'elle ne pourra plus lui demander, le questionner, le protéger, veiller sur lui.

Elle est d'abord nostalgique, revoit "leur vie".

"C'est passé vite quand on y pense."

Elle mesure déjà le manque que va susciter cette séparation, c'est comme un deuil à faire. La douleur est intense, un grand vide s'installe car lui, Théo remplissait ses journées, elle devait veiller sur lui, il était sa raison de vivre, occupait ses pensées, prenait tout son temps.

Comment vivre à deux après? C'est la peur, le désarroi qui s'empare d'elle à présent.

J'ai vraiment été émue, touchée par ce texte. Je sais aujourd'hui à quoi m'attendre quand mon fils quittera la maison !

J'ai aimé la délicatesse de l'écriture et ce pouvoir d'empathie, se glisser dans la tête d'Anne-Marie est une réelle prouesse, une énorme sensibilité.

Un texte tout en nuances semant le vertige et la peur du basculement à tout moment face à la solitude à venir des jours nouveaux.

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

Et le silence, est-ce que ça ne dit pas davantage ?

Il n'a pas conscience que cet ordinateur est devenu son compagnon le plus sûr, une prothèse, un prolongement de lui-même.

Les mères n'oublient jamais quand elles ont cru, un jour, perdre leur enfant. Elles ne se débarrassent jamais de la frayeur non plus. Elles vivent chaque jour en redoutant qu'un autre accident survienne.

Après tout, ils ont construit un foyer, fait trois enfants, qu'ils ont amenés sans encombre jusqu'à l'âge adulte, ils sont toujours ensemble trente ans après, et il ne les a jamais vus se disputer. C'est peut-être ça la vraie originalité, c'est peut-être ça le vrai amour. Plutôt que des incendies qui finissent par s'éteindre.

Et parfois il faut se détacher de ses parents pour s'apercevoir à quel point on tient à eux, même si on le nierait, y compris sous la torture.

Ce faisant, il apprend une leçon nouvelle : les fils parfois rassurent les mères, le rapport un jour s'inverse et c'est maintenant, c'est maintenant que ça se passe, elle a toujours pris soin de lui, elle prend encore soin de lui alors qu'il a vingt-sept ans et voilà que, dans un inattendu retournement, il doit prendre soin d'elle, se montrer attentif, attentionné, prononcer des mots réconfortants : 'T'inquiète, il s'en sortira très bien. Il est dégourdi, Théo."

A un moment, nos attentes, ou nos frustrations, on s'en fiche, tu comprends. Il faut juste qu'on accepte les événements.

Donc, elle n'abdique pas : "En fait, c'est tout bête : mes enfants m'ont rendue heureuse. Maintenant qu'ils sont partis, qu'ils sont tous partis, est-ce que je suis condamnée à être moins heureuse ?"

Combien de fois ont-ils clamé que les enfants c'est bien sympathique, on les adore mais quand même ça prend toute la place alors vivement qu'ils s'en aillent pour qu'on puisse souffler et profiter ? Combien de fois ont-ils laissé entendre qu'ils avaient hâte de cesser d'être des parents pour redevenir des époux, parce que bon, hein on a le droit de penser à nous aussi, pas vrai ? Sauf que voilà, c'est maintenant, c'est tout de suite et elle n'est pas certaine de se rappeler comment on fait.