L'Adieu aux abeilles
de Alexandre Voisard

critiqué par Sahkti, le 26 août 2004
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Gravité poétique
Le titre de ce recueil est celui de la première des sept nouvelles qui le composent. Une histoire d’amour à la vie à la mort. Un homme, Sylvain, fait promettre à son épouse Mariette d’aller annoncer à leurs abeilles la mort de leur maître lorsque celle-ci surviendra. Mariette s’exécutera dans un rituel douloureux et sensible qui ne peut qu’émouvoir. Beaucoup de symbolisme et de poésie dans cette nouvelle et dans les autres, ce style si cher à Alexandre Voisard qui jongle merveilleusement avec les mots et leur signification.
Les sept nouvelles de "L'Adieu aux abeilles" alternent poésie, douceur, lucidité et mystère. Mystère non par l’intrigue (il n’y en a pas vraiment), mais par le sens que chacun dégagera de ces lignes et de ces mots, par les réponses qu’il y trouvera, par la magie opérée par la poésie d’Alexandre Voisard.

La convive est une nouvelle si triste, si cruelle et pourtant, il s’en dégage une telle beauté, on la trouverait presque douce. Les autres textes sont de la même trempe : faire passer avec subtilité et sensibilité des événements graves ou des réflexions profondes. C’est un beau recueil dans lequel j’ai retrouvé avec le même plaisir la douce et subtile écriture du poète jurassien Alexandre Voisard dont je vous recommande la lecture.

"Les journées passent, on se demande bien comment, tandis que, pour l’oisif que pense être désormais Sylvain, elles ne sont que caprices de lumière entre ciel et terre et égarements d’abeilles à la fenêtre. Les journées s’envolent et les semaines s’additionnent, quelle drôle d’arithmétique alors même que c’est votre crédit de vie qui va s’épuisant… Au bout de tout cela, songe Sylvain, il me reste à peine un filet de vie. Mais il ne se laisse pas surprendre par l’angoisse pour autant, pas davantage aujourd’hui que l’autre jour quand le médecin lui a prescrit un dosage accru de remèdes. La vie, après tout, n’est que cette braise qui s’amenuise, toujours moins d’incandescence et davantage de cendre. Non seulement il ne s’en alarme pas, mais ces pensées-là l’amusent et c’est d’un ton très gai qu’il en parle à Mariette.
— Ne plaisante pas avec ces choses-là,
rétorque-t-elle.
— C’est pourtant vrai."