L'État entrepreneur: Pour en finir avec l'opposition public privé
de Mariana Mazzucato

critiqué par Colen8, le 5 février 2021
( - 80 ans)


La note:  étoiles
Démythifier le libéralisme économique
La recette est simple : une ambition visionnaire, un financement généreux de la recherche fondamentale dans une multitude d’universités et de laboratoires travaillant en synergie, un encouragement à l’essaimage des chercheurs ou aux projets d’entrepreneurs désireux de se lancer dans des start-ups innovantes, l’octroi d’un maximum de contrats publics pour aborder les périlleuses étapes de la recherche appliquée, une aide incessante pour passer la main au capital-risque des business angels une fois démontrée la viabilité des concepts proposés et ainsi aborder les phases industrielles et commerciales moins risquées. Telle a été la stratégie américaine au lendemain de la guerre pendant plusieurs décennies, sous la houlette principale de son Ministère de la Défense (DOD). Transistors, circuits intégrés, miniaturisation en ont largement profité pour réussir le défi du programme lunaire Apollo avec une immense série de produits dérivés dont l’informatique, Internet, Apple, par la suite Facebook, Google, en parallèle le GPS, les nanotechnologies, la biogénétique, les médicaments d’avenir.
Ces exemples ont été de parfaits catalyseurs pour tirer la croissance économique(1), favoriser l’ascenseur social, mondialiser la consommation. Quelques décennies plus tard un étrange aveuglement instillé à l’esprit des dirigeants politiques principalement anglo-saxons a fait du néolibéralisme l’alpha et l’oméga de la bonne gouvernance(2). Exit l’Etat, sa lourdeur bureaucratique, ses services publics inefficaces, sa fiscalité confiscatoire. Place au privé, place au marché dérégulé seuls capables de libérer les énergies créatrices. Et patatras, c’est à ce moment-là qu’avec le retour des crises financières s’observe l’évasion fiscale de monstrueuses fortunes privant l’Etat du fruit attendu de ses investissements antérieurs. Socialisation des risques, privatisation à outrance des bénéfices ont pour effet cumulé de diminuer les ressources publiques. Les conséquences longtemps ignorées deviennent mesurables : ralentissement de la croissance, creusement des inégalités, appauvrissement des classes moyennes.
Les modèles des technologies précédentes en apparence efficaces se sont avérés moins opérants pour s’engager dans les technologies vertes et la nécessaire transition énergétique destinée à contenir la hausse des températures planétaires. Les énergies fossiles correspondent à une industrie stable, fonctionnelle depuis des dizaines d’années, soucieuse avant tout d’amortir le plus longtemps possible ses infrastructures et ses équipements. Les résultats mitigés de l’éolien d’un côté, du solaire photovoltaïque de l’autre, peinent à démontrer leur capacité de substitution à l’existant dans cet environnement économique où la fluctuation des prix rendent incertains les calculs de rentabilité à long terme(3).
(1) et pour compenser les inévitables faillites produites simultanément
(2) instillé par les économistes anti-keynésiens associés à de puissants lobbies œuvrant les uns et les autres à l’allègement de la fiscalité sur les plus hauts revenus et patrimoines
(3) la version originale datant de 2015, les analyses et les données chiffrées sont en partie obsolètes.