Le Pauvre Christ de Bomba
de Mongo Beti

critiqué par Septularisen, le 26 décembre 2020
(Luxembourg - 53 ans)


La note:  étoiles
UN GRAND CLASSIQUE DE LA LITTÉRATURE D’AFRIQUE.
Au début de l’histoire nous faisons la connaissance du Révérend Père Supérieur Drumont (uniquement désigné par les initiales R.P.S. par la suite), qui dans les années 1930, dirige la mission de Bomba (Sud-Est du Cameroun). Français d’origine, il vit maintenant depuis plus de vingt ans au Cameroun. Celui-ci tient en très haute estime sa mission d’évangélisation qu’il prend très au sérieux et qu’il accomplit avec autoritarisme, mais pas beaucoup de discernement.

Il décide de partir «en tournée» pour un mois chez les Tala – en compagnie de Zacharie son cuisinier et de Denis, son boy-enfant de chœur, de quinze ans, par qui nous est racontée toute l’histoire -, qu’il a volontairement délaissés pendant trois ans pour les "punir" de leur peu d’empressement à suivre la morale chrétienne. Il espère que, mortifiés par cet abandon volontaire de plusieurs années, les Tala (particulièrement réfractaires à l'église et aux changements imposés par cette religion), seront revenus à de meilleurs sentiments.

Hélas pour lui, il doit très vite déchanter. Il ne trouve partout que des filles-mères, des païens et des polygames invétérés. Très peu de gens viennent à l’église, encore moins se confesser et le denier du culte n’est le plus souvent pas payé.

Le R.P.S. a beau utiliser la manière forte, il gifle les récalcitrants, interdit les danses, détruit les instruments de musique, confond les prétendus sorciers, humilie les polygames… Rien n’y fait! L’insouciance règne en maître et tout le monde prend ses aises avec le christianisme. Le R.P.S. doit peu à peu se rendre à l’évidence : les africains se détournent de plus en plus de la religion chrétienne. Il commence alors à s’interroger sur le vrai sens de sa mission…

Paru en 1956, «Le Pauvre Christ de Bomba» de Mongo BETI (1932 – 2001 de son vrai nom, Alexandre BIYIDI AWALA), est avant tout une critique anticléricale, et anticolonialiste, usant d’un humour grinçant et parfois acerbe. Le livre fit scandale à sa parution, notamment pour la description satirique du monde missionnaire et colonial. L’auteur s’interrogeant sur l'évangélisation missionnaire comme auxiliaire de l'asservissement des Africains et n’hésitant pas à dénoncer les collusions entre le pouvoir colonial et le clergé.

Considéré comme un classique de la littérature d'Afrique, révolutionnaire pour l’époque, censuré et interdit, le roman de Mongo BETI a malheureusement (très mal) vieilli. Si à l'époque il dénonçait l'entreprise missionnaire et la christianisation «à marche forcée» en Afrique noire, force est de constater aujourd’hui, que sur certains points, - notamment la polygamie et le sort des femmes africaines – l’église de l’époque n’avait pas vraiment tort!

Si le manque de respect et de compréhension de la culture locale, des us, des coutumes, des traditions et croyances des peuples endémiques d’Afrique sont négligés, voire niés par les évangélisateurs (ainsi que par les autorités coloniales d’ailleurs...), ce qui entraîne, une opposition, voir une confrontation avec les populations locales est bien restituée dans ce livre… Je dois constater que le livre traite aussi d'une thématique dépassée, surtout lorsque l'on sait qu’aujourd’hui on assiste plutôt à une évangélisation «à l’envers», puisque l’église Africaine n’a jamais été aussi vivante et envoie aujourd’hui ses prêtres en Europe!

L’écriture de Mongo BETI est très belle, très inventive et se laisse lire sans difficulté. Les personnages sont passionnants et attachants, le R.P.S. en particulier, pourtant décrit comme coléreux, borné et intransigeant, et qui devient au fil du récit de plus en plus sympathique et humain.

Si «Le Pauvre Christ de Bomba» est un livre qui a une approche réaliste, mais malheureusement trop politique de la vie africaine, et trop à charge contre l’église, (ce qui explique que je ne donne pas cinq étoiles), cela reste un très grand roman à lire et je dois le reconnaître, un excellent moment de lecture!

P.S. : Signalons que «Le Pauvre Christ de Bomba» de Mongo BETI a été classé parmi «Les 100 meilleurs livres africains du 20è siècle».