L'enfant céleste
de Maud Simonnot

critiqué par Hamilcar, le 4 février 2021
(PARIS - 65 ans)


La note:  étoiles
La possibilité d'une île
Ce livre n’est pas à dévorer. On s’y pose tout simplement. On prend le temps d’observer le cristallin des paysages, de sentir les parfums bucoliques, on se rassure de présences animales, on se laisse fouetter par les vents salutaires et attendrir par l’ourlet bleu-vert de la mer. Ce livre n’est pas non plus un recueil poétique de rimes mélancoliques, pas vraiment le roman à l’intrigue nouée, c’est une succession de courts chapitres à deux voix qui invite tout simplement à prendre le temps
Mary n’en peut plus de sa vie parisienne. Pierre lui avoue ne pas pouvoir faire l’amour sans amour et la quitte, sans autre raison formulée.
Célian est l’enfant surdoué qui s’ennuie à l’école, qu’un vol d’insecte déroute de l’intérêt scolaire.
Mary sait que Célian n’est pas le cancre déterminé. Il a des passions, comme celle du monde animal et surtout de l’astronomie.
Elle lui raconte l’histoire que son père lui transmettait quand elle avait sept ans, avant qu’il ne se suicide.
Et Célian découvre alors la vie incroyable de Tycho Brahe, astronome danois du 16ème siècle. La vie extraordinaire de cet homme impressionne l’enfant.
Mary décide alors d’aller à la rencontre du personnage en compagnie de Célian. Mettre ses pas dans ceux du grand homme est surtout le prétexte à décompresser, à lénifier ses tourments. Elle entraîne son fils dans l’île suédoise de Ven, encore danoise à l’époque de Tycho Brahe, quand celui ci bénéficiait de l’observatoire d’Uraniborg, construit pour lui avec l’aide du roi du Danemark.
Car Tycho Brahe aurait pu prétendre à plus de fastes, mais les a refusés pour se consacrer à sa discipline d’astronome. Personnage haut en couleurs, il fut défiguré suite à un duel qui l’amputa d’une grande partie de son nez compensée par une prothèse de métal doré. C’est lui qui remit en cause la révolution copernicienne en cartographiant au plus proche le monde des étoiles, ce qui finit par le marginaliser jusqu’à l’obligation de son exil.
Le célèbre astronome Danois fut un véritable personnage de roman. Sa mort même est l’objet de controverses.
L’enfant savoure tout en débusquant l’animal terré qui l’attire dans un ailleurs récréatif.
Mary, quant à elle, se pose.
Elle ne sent pas isolée. Elle fait la connaissance de Solveig, sorte de géante blonde qui l’héberge, de Björn, un taiseux avec qui elle revit une certaine présence amoureuse.
Mais tout ça n’est pas un roman qui entraîne le lecteur vers l’instant scénarisé, vers le déroulé actif de moments particuliers.
Ce livre est une sorte de reposoir qui s’apprécie, son écriture fine s’envole comme les akènes soufflés au vent.
Un soupçon d’intrigue irise néanmoins l’onde étale de l’ensemble, lorsqu’un professeur venu se ressourcer allègue plus qu’il ne convint sur la personnalité de l’astrologue qui aurait inspiré Shakespeare pour son personnage d’Hamlet. On prend, on ne discute pas. Et pourquoi pas ?
Il ne s’agit pas non plus d’un livre d’Histoire.
Et si le nom de Mary avait motivé Tennyson pour son poème « Maud ». Et pourquoi pas « Mary », du coup ?
L’œuvre ne veut pas être lisse ; il lui faut des reflets et on les apprécie. Mais trop de références historiques ou littéraires pourraient alourdir plus qu’étoffer. Ici, sont cités Mark Twain, Dickens et quelques autres, mais leurs noms sont juste susurrés, comme pour ne pas déranger.
Et on se prend tout à coup à espérer nous même de la possibilité d’une île.
Ce livre est un havre de paix.
Deux voix pour nous bercer, la mère et l’enfant. Mais aucun rêve ne nous accompagne, on est déjà dedans, avec des étoiles plein les yeux.