Comment tout a commencé
de Pete Fromm

critiqué par Tistou, le 23 avril 2020
( - 64 ans)


La note:  étoiles
Bipolarité
On pourrait décrire le thème de Comment tout a commencé par l’amour entre un frère et sa sœur, porté à l’incandescence dans la nature désertique des confins du Texas mais il me parait plus juste de considérer qu’il s’agit d’un roman sur un cas de bipolarité et de son effet sur les relations familiales, notamment frère/sœur.
Austin a quinze ans. Il vit avec père, mère et Abilene, sa sœur dans un coin paumé du Texas, dans sa partie désertique, un peu « plouc-land ». C’est un lycéen sans histoires particulières, qui considère avec sa sœur que leurs parents ont plutôt raté leur vie puisqu’ils habitent un peu au milieu de nulle part (et c’est facile aux USA d’habiter au milieu de nulle part, le pays est vaste !). En réalité, il mène une vie aisée mais, sous l’influence de sa grande soeur, Abilene, il adopte ses façons de penser.
Et Abilene, vingt ans, n’est pas une jeune fille commune. Elle est dotée d’une forte personnalité, mais surtout sa bipolarité vient de se révéler, au grand désespoir de ses parents qui ne savent comment s’y prendre. Austin n’en est pas conscient dans l’adoration et l’admiration qu’il voue à Abilene.

» _ Et Alors ?
_ Alors ? Et alors ? Alors qu'est-ce qui cloche, chez moi ?
J'y voyais clair maintenant, suffisamment pour savoir que les yeux d'Abilene étaient encore fermés face au ciel éblouissant.
_ Rien du tout.
Abilene inspira longuement.
_ Trouble bipolaire, dit-elle, comme si elle n'était venue ici que pour prononcer ces deux mots nouveaux. (J'observai ses yeux, toujours bien fermés.) Elle appelle ça comme ça. Je suis un genre d'aimant, Austin. Avec moi, les boussoles perdent le nord.
_ Bipolaire ?
_ Ca veut dire maniaco-dépressif en langage médecin. Ce qui est juste un joli mot pour fou à lier.
_ C'est eux les dingues, Ab'lene. Tu n'as aucun problème. Ton seul problème c'est d'être coincée ici.
_Mais toi aussi, Austin, tu es coincé ici, murmura-t-elle. Et tu ne t'es pas fait engrosser comme une débile, comme une pute à deux balles. »


Le grand dessein d’Abilene, qui a essuyé un échec l’année précédente en voulant jouer dans l’équipe de base-ball locale et qui s’est retrouvée ostracisée et condamnée à rester sur le banc malgré ses qualités indéniables de lanceuse, c’est d’entrainer au lancer Austin pour qu’il devienne le plus grand.
Précisons à ce moment qu’il est énormément question de base–ball dans cet ouvrage et que le lexique qui est consacré à ce sport majeur aux USA en fin d’ouvrage n’est pas inutile ! Néanmoins il importe surtout de savoir qu’il y a deux types de joueurs ; les lanceurs (ceux qui lancent la petite balle en cuir de la manière la plus vicieuse possible vers le batteur adverse) et les batteurs donc, ceux qui à l’aide d’une batte doivent expédier cette balle le plus loin possible. En gros. Très gros, Pete Fromm, lui, est plus précis !
Austin, donc, dans la lignée d’Abilene, sa sœur, est lanceur. Ils quittent tous deux régulièrement en fin de journée la maison familiale dans le pick-up d’Abilene pour aller s’entrainer sur une ancienne base aéroportée américaine, abandonnée dans ce désert texan.
Abilene va montrer de plus en plus des signes de déséquilibre mental, niés par Austin mais qui font le désespoir des parents. Une ligne de fracture béante va s’ouvrir entre Abilene mais aussi Austin et les parents. Il y aura des départs d’Abilene, des retours et tentatives de soins puis rechutes, et Austin ne s’y retrouve pas, bien entendu puisqu’il nie le constat qui est fait.
Ce sont donc 334 pages de désert texan, de technique de lancer de base-ball et de problématiques de la bipolarité avec ses excès. Un roman étonnant d’amour frère/sœur qu’on peut lire, à coup sûr, même si l’on ne s’intéresse pas au base-ball !