Mon combat, III : Jeune homme
de Karl Ove Knausgård

critiqué par Septularisen, le 11 avril 2020
(Luxembourg - 53 ans)


La note:  étoiles
UNE JEUNESSE NORVÉGIENNE.
«Jeune homme» est le troisième livre de l’autobiographie (intitulée «Mon Combat» et qui compte six volumes) de Karl Ove KNAUSGAARD (*1968, ci-après nommé KOK), mais comme tous les autres volumes, celui-ci peut se lire indépendamment.

Comme indiqué dans le titre, KOK revient ici sur les premières années de sa vie. Le livre s’ouvre en effet au mois d’août 1969, il a alors un an, quand sa famille emménage sur l’île de Tromoya dans le Sud de la Norvège, et va jusqu’à son départ pour le collège à ses treize ans. Notons en passant que la suite directe à cette histoire, KOK nous l’a déjà racontée dans la première partie de «La mort d’un père».

Après un démarrage assez lent et long, - je dois dire -, le livre ne commence vraiment qu’après la page 300, KOK nous raconte sa, vie avec une précision absolument époustouflante, surtout quand il nous parle de façon si précise d’évènements qui se passent quand il avait 5-6 ans!
La première partie est plutôt une exposition d’impressions, de souvenirs divers, d’émotions, d’introspections et parfois de faits factuels… La seconde voit, par contre, l'arc narratif prendre le dessus et permet notamment à KOK de décrire ce père si sévère, si impulsif, si imprévisible, si autoritaire qui lui fait si peur! C'est, pour moi, la meilleure partie en ce qu’elle donne une véritable profondeur au livre.

Sinon, c’est toujours aussi bien écrit! Certes KOK n’a pas un style «à casser des briques», mais pour raconter ses mémoires c'est un style inimitable! Il s’en sort vraiment très très bien avec son écriture très fluide, toujours limpide et d'une simplicité étonnante. Les pages se tournent sans qu’on s’en aperçoive vraiment, on est vraiment embarqué, littéralement «happé», dans la lecture!
Si j’ai un seul reproche à faire à ce livre, c’est que l’histoire est trop linéaire! En effet, ce qui faisait l’originalité et le charme des deux livres précédents de cette autobiographie, c’était le récit raconté au présent, et les sauts dans le temps qui nous ramenaient en arrière pour nous raconter certaines histoires… Ici, changement de méthode, il y a une ligne du temps, et KOK la suit sans en dévier, trop sans doute!

Mais au-delà de tout cela, qu’est-ce qu’il y a dans ce livre? Et bien, en fait, rien d’exceptionnel, rien d’autre que l’histoire d’une jeunesse norvégienne! On y retrouve tout simplement les joies et les peines d'un enfant, - intelligent et sensible, pleurnichard et maladroit, vantard et timide, - qui nous raconte sa vie, avec la routine qu’elle suppose! On retrouvera ainsi en vrac: l’école, les profs, les notes, la musique, la télévision, les sorties, les amis, les filles (bien sûr!..), son frère Yngve (qui a quatre ans plus que lui), la forêt, la mer, la neige, les vacances chez les grands parents, les parties de football, les balades à vélo, la glace, le ski, les voyages en voiture…

En clair tout le monde s’y reconnaîtra à un moment ou à un autre, et moi-même à de nombreux moments j’ai arrêté ma lecture et (re-)pensé à ma propre jeunesse… J’ai d’ailleurs été surpris par les similitudes qu’il y a entre une jeunesse dans les années 70 en Norvège et dans nos pays… Sauf peut-être que je faisais moins de bêtises (quoi que...) et que je mettais quand même la doudoune un peu moins souvent que lui!

Tout comme les deux tomes précédents, l’auteur ne fait ici que se raconter! On peut le taxer de nombriliste, d'égocentrique et de tout ce que l’on veut... Toujours est-il que ce n’est jamais ennuyeux, et que l’auteur se raconte en toute franchise, sincèrement, honnêtement, sans jamais chercher à plaire, sans complaisance, sans fioritures et sans affabulations! Comme pour les deux précédents volumes il n'y a pas de rebondissements, pas d'intrigue, pas de suspens... Juste les anecdotes d'une vie! Et encore une fois, on aime, ou on n’aime pas! En conclusion, je dirais que si ce livre est légèrement inférieur aux deux premiers volumes de l’autobiographie de KOK, - pour les raisons expliquées ci-dessus -, il ne faut toutefois pas s’y tromper, c’est vraiment un excellent livre!

Karl Ove KNAUSGAARD a reçu le Prix Malaparte en 2015, et le Prix Nordique de l’Académie Suédoise en 2019. Son nom est régulièrement pressenti pour le Prix Nobel de littérature.

P.S. : Comme pour les deux volumes précédents, je vous recommande de garder «wiki», près de vous, parce que, si pour les norvégiens c’est sans doute évident, en France, en Belgique et au Luxembourg, – et mis à part pour les spécialistes de la littérature Scandinavie –, nous ignorons complètement qui sont: Sigbjorn OBSTFELDER (1866 – 1900) ; Hans Ernst KINCK (1865 – 1926) ; Jens BJORNEBOE (1920 – 1976), etc…

Un extrait représentatif, les deux dernières pages du livre :

«Je n'ai revu aucun d'eux (KOK parle ici de ses amis d'enfance) depuis cet été-là et quand je fais des recherches sur Internet pour voir quelle tête ils ont, ou bien ce qu'ils sont devenus, je ne trouve personne. Ils ne font pas partie des gens qu'on peut trouver là, ils appartiennent à une classe dont les parents sont ouvriers ou fonctionnaires, qui ont grandi à la périphérie de tout sauf de leur propre vie. Je n'ai aucune idée de ce que je suis pour eux, sans doute un vague souvenir, quelqu'un qu'ils connaissaient quand ils étaient enfants, car depuis dans leur vie, ils se sont fait tant de choses entre eux, il s'est passé tant d'événements, et d'une telle force, que les petits faits advenus pendant l'enfance n'ont pas plus de poids que la poussière que soulève une voiture en passant ou que le duvet d'un pissenlit fané que le souffle d'un enfant éparpille. Oh, n'était-ce pas une belle image? Les événements ne se succèdent-ils pas en s'éparpillant au-dessus du petit pré de notre histoire, puis retombent en brins d'herbe et disparaissent?

Quand le camion de déménagement fut parti et qu’on monta dans la voiture, maman, papa et moi, pour descendre la pente et traverser le pont, ce fut avec un énorme soulagement que je pensai ne jamais revenir, que tout ce que je voyais, je le voyais pour la dernière fois. Que les maisons et les lieux qui disparaissaient derrière moi disparaissaient aussi de ma vie, et pour toujours. Je ne me doutais pas que chaque détail de ce paysage et que chaque personne qui y évoluait serait gravé dans ma mémoire à tout jamais, avec l’exactitude de la précision d’une mémoire absolue. »