L'envers du visible. Essai sur l'ombre
de Max Milner

critiqué par Colen8, le 20 février 2020
( - 83 ans)


La note:  étoiles
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Le « Moine au bord de la mer » de Caspar David Friedrich reproduit en couverture est un des exemples de la critique d’art et de poésie de cet essai de Max Milner faisant tourner une ronde d’artistes connus pour avoir célébré chacun selon leur inspiration le noir, le sombre, la nuit, l’ombre, et même la mort. Un renouveau de la peinture est apparu au XVIIe siècle succédant à l’explosion de clarté et de couleurs de la Renaissance. Tout d’abord Caravage avec sa manière de rendre les mouvements et les volumes corporels dans un intérieur éclairé de l’extérieur de la toile à grands coups de dégradés de couleurs sombres jusqu’au noir, suivi des peintres relevant du courant des ténèbres parmi lesquels Rembrandt, dont la fameuse « Ronde de nuit » était en fait une composition diurne... Un siècle plus tard, en opposition aux Lumières, la pratique du clair-obscur d’un Georges de la Tour offre une approche unique elle aussi mais plus douce dans le traitement des contours incertains.
La littérature et la poésie ont leur part dans cette exploration derrière le visible. Il y a les écrits mystiques d’un saint Jean de la Croix, le recueil des six « Hymnes à la nuit » de l’allemand Novalis évoquant le décès de Sophie la Bien-Aimée. Un long chapitre illustré de nombreux extraits de ses poèmes, de quelques-uns de ses romans et de dessins est consacré au prolifique Victor Hugo inspiré durant ses vingt années d’exil dans les îles anglo-normandes consécutives à sa disgrâce auprès de Napoléon III. Après lui les contes symboliques de la littérature fantastique relatant les mésaventures de personnages privés de leur ombre se succèdent : celui de Chamisso dont le héros livre son ombre au diable sans se douter du piège qui lui est ainsi tendu, celui d’Andersen apportant une touche d’humour à la Raymond Devos, ceux d’Hofmannsthal ou d’Apollinaire. A côté du surréalisme ils sont encore nombreux à s’y être attelés, Péguy « poète de la nuit », Blanchot auteur du récit « Thomas l’obscur ».
L’auteur aborde bien sûr les effets visuels apportés successivement par la lanterne magique, la fantasmagorie, précédant la photographie et le cinéma des salles obscures surtout dans ses débuts du noir et blanc. Depuis les cosmogonies primitives, depuis la caverne de Platon l’obscurité fascine, questionne sur la nature du réel. Quelques planches couleurs hors-texte viennent épauler une lecture ambitieuse.