Le Tueur, Affaires d'État Tome 1 : Traitement négatif
de Matz (Scénario), Luc Jacamon (Dessin)

critiqué par Shelton, le 20 janvier 2020
(Chalon-sur-Saône - 64 ans)


La note:  étoiles
Bon début de cycle...
On peut lire la série Le tueur de plusieurs façons, c’est une certitude, et parmi ces regards posés sur la série, il en est un spécifique lié à la narration graphique de Luc Jacamon. Il faut dire que dès le premier album, les lecteurs ont soit été séduits par sa façon de montrer l’histoire soit agacés. Comme j’appartiens à la première catégorie, depuis toujours j’ai lu cette série en profitant sans arrière pensée de ces plans généreux, dynamiques, narratifs, expressifs… Et c’est d’autant plus spectaculaire que la série est très particulière avec action et réflexion qui s’entremêlent étonnamment !

Pour ceux qui ne connaissent pas la série, disons-le d’abord clairement, le tueur est bien un tueur à gages, une véritable assassin cynique sur commande qui ne travaille que pour l’argent sans états d’âme… Au départ, le lecteur n’a pas d’empathie pour ce personnage, on le regarde agir mais on ne tremble pas pour lui… Du moins au départ car album après album, il faut bien reconnaître qu’il ne nous laisse pas indifférents… Finalement, comment en est-il arrivé là ? Est-ce plus grave que ceux qui font mourir les autres au travail, avec le chômage, avec les crises financières ? Bon, on en vient pas à l’aimer ce Tueur, peut-être à trouver son existence pas si anormale que cela… Allez savoir ?

Dans le nouveau cycle de cette série, Le Tueur, affaires d’état, celui qui commence avec ce tome 1, Traitement négatif, Matz, le scénariste de la série, a décidé de faire en sorte que notre Tueur se mette à travailler, certes contraint, au profit d’un service d’Etat… Oui, la situation a tellement empiré dans une ville de France, les tensions entre quartiers sud et nord sont devenues si violentes, le maire semble tellement profiter de tout cela qu’il va être temps de remettre de l’ordre, de faire le ménage… et le Tueur va devoir agir en se transformant en acteur du bien… Enfin, s’il en est capable ?

Deux éléments restent d’actualité dans la série, une sorte de marque de fabrique inégalable, ineffaçable. On a le récit qui est beaucoup plus profond que ne les apparences ne le laissent supposer au départ et du coup on parle des municipalités, des zones de non droits, des trafics divers, de la sécurité, de la police, de la politique… Et, bien sûr, la narration graphique de Luc Jacamon que je trouve toujours aussi efficace, voire même plus car de plus en plus maitrisée !

Du coup une lecture très agréable, on a envie de connaitre la suite et on finit par oublier les morts car il y en a bien… Oui, le Tueur reste un tueur même quand il est au service de l’Etat…

Je suis très content que l’on puisse rencontrer Luc Jacamon durant le prochain festival international de la bande dessinée d’Angoulême. C’est un très bon dessinateur contemporain et j’espère que mes étudiants sauront en tirer profit… La dernière rencontre remonte à sept/huit ans et c’était déjà avec des étudiants… Comme le temps passe…