Le dernier Syrien
de Omar Youssef Souleimane

critiqué par Pucksimberg, le 18 janvier 2020
(Toulon - 40 ans)


La note:  étoiles
La jeunesse syrienne sous Al-Assad
Ce roman plonge le lecteur dans la Syrie à l’aube du Printemps arabe. L’on suit un groupe de jeunes gens qui essaient d’y voir clair dans le chaos de ce pays tiraillé de toutes parts et dont la situation semble inextricable. Al-Assad fait régner la terreur, des groupes islamistes cherchent à s’imposer afin de la contrer sans être la solution idéale bien évidemment. Comment cette pauvre jeunesse peut-elle trouver une brèche dans ce choix atroce ?

Joséphine reçoit chez elle un groupe de jeunes engagés et plein d’espoirs. Ils souhaitent vivre et être libres. Il y a Youssef qui semble largement inspiré de l’auteur, Mohammad, Khalil … Ces jeunes sont confrontés à l’intolérance. Il n’est pas facile d’être homosexuel dans ce pays dans lequel la tradition et la religion semblent reines, Youssef et Mohammad en sont très conscients. Il est aussi compliqué d’avoir des idéaux. En effet, il n’existe qu’une seule façon de raisonner et nul n’a le droit de transgresser certaines règles ou d’ouvrir le débat. Nous assistons donc au quotidien de cette jeunesse quasi-condamnée, qui ose manifester mais se retrouve très vite maintenue par les forces de l’ordre avec une violence incroyable. La terreur règne partout et les tortures et scènes d’intimidation sont des scènes banales afin d’asseoir l’autorité. A ces scènes de vie et d’engagement sont mêlés des mails que s’échangent Youssef et son amant Mohammad. Cette correspondance permet de mesurer comment l’homosexualité est perçue dans ce pays.

Le roman est vraiment intéressant car ce contexte syrien est vu de l’intérieur, raconté aussi par un écrivain né près de Damas, exfiltré à Paris qui apporte dans son roman de la véracité et une certaine garantie intellectuelle. L’écriture d’Omar Youssef Souleimane est agréable à lire et plonge le lecteur dans l’histoire sans s’encombrer de nombreux détails. Les chapitres sont très courts et par là même dynamisent le roman dans lequel le lecteur suit plusieurs protagonistes. Le choix d’alterner récit et mails est un moyen de donner la parole à plusieurs personnages et de croiser les regards de chacun car ils ne défendent pas tous le même point de vue. Sans doute l’auteur s’inspire-t-il de son vécu, d’expériences qu’on lui a confiées ou de scènes auxquelles il a assisté.

Certains passages sont vraiment poignants, d’autres peignent l’horreur de la torture. Il est toujours effrayant de voir combien l’homme peut être créatif dans le domaine du mal. Le roman a une part narrative importante, mais il pourrait avoir aussi valeur de témoignage car il est une peinture d’un monde que l’on connaît surtout par les médias. A cet effet, il pourrait rappeler certains textes célèbres dans lesquels des écrivains témoignent de l’horreur de la seconde guerre mondiale. Ce roman est réussi, fluide et fort. Il donne à voir une jeunesse en danger et la situation d’un pays qu’on ne saurait dénouer.