L'homme qui pleure de rire
de Frédéric Beigbeder

critiqué par Sundernono, le 26 mars 2021
(Nice - 38 ans)


La note:  étoiles
Octave Parango, troisième volet
Après une vie sans fin, notre cher Beigbeder revient avec l’homme qui pleure de rire, le troisième volet des aventures d’Octave Parango, son double littéraire.
Pour rappel, le premier volet, 99F, adapté au cinéma avec Jean Dujardin, se déroulait dans le milieu publicitaire et avait fait connaître au grand public le truculent Frédéric Beigbeder. Attention de ne pas le confondre avec son frère aîné, grand ami des patrons et accessoirement tête pensante du MEDEF. La suite, « Au secours, Pardon », à mes yeux le pire de ses romans, se déroule ce coup-ci dans le monde du scouting. Métier apparemment ô combien difficile dont le but est de dénicher les futures grandes vedettes du mannequinat. A noter l’excellente performance du génial Gaspard Proust dans l’adaptation cinématographique. Bilan : roman raté, film plutôt réussi.
Et donc ce troisième tome ? Ce coup-ci, Fred s’attaque à l’univers impitoyable de la radiophonie et du diktat de l’humour 2.0.

« Dans les années 2000, je devais faire sourire les mannequins sur les photos des produits de beauté L’Idéal. Et dans les années 2010, j’étais chargé de faire glousser les auditeurs du service public coincés dans les embouteillages sur le boulevard périphérique, lui aussi enroulé sur lui-même. Après avoir donné aux consommateurs l’envie d’acheter des choses dont ils n’avaient pas besoin, puis fait désirer aux hétéros des femmes qui n’existaient pas, je devais à présent provoquer l’hilarité des automobilistes pour leur faire oublier la désintégration du modèle social français. Finalement, tous mes métiers auraient pu avoir le même nom : illusionniste. J’ai consacré ma vie à communiquer, c’est-à-dire mentir. Les gens qui travaillent dans la communication ne fabriquent rien, ne créent nulle œuvre, ne changent pas le monde, mais l’enjolivent, le rendent acceptable, le font digérer. Cette stérilité nous ronge et finit par faire de nous de pauvres loques, des zombies titubant au bord de piscines anthracite, montant et descendant d’Uber aux vitres opaques, coupables de n’avoir rien fait pour la planète, à part trier les déchets, avant d’en devenir un. »

J’ai retrouvé avec un certain plaisir ce que j’aime chez cet auteur, son humour, ses nombreuses références culturelles souvent bien senties et un style fluide. Néanmoins, petit à petit, la lecture perd de son intérêt, l’histoire étant on ne peut plus simple. Frédéric, oups, pardon, Octave perd son emploi suite à une chronique désastreuse au sein de la matinale de France Publique, la plus écoutée de France.
S’ensuit un flashback de 24h retranscrivant heure par heure la journée précédent le désastre. L’occasion de suivre les péripéties d’Octave au cœur d’une capitale, lieu de bien trop nombreuses tentations.

Un roman agréable à lire, qui m’a parfois fait sourire, mais pas assez à mon goût, bien meilleur que l’affreux « au secours pardon », mais tout de même en dessous de 99F ou l’excellent « un roman français ».

Pas mal, mais peut faire mieux.