Cité irréelle
de D. J. Bryant

critiqué par Blue Boy, le 27 décembre 2019
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
Gorges profondes et liaisons dangereuses
Pénétrer au cœur de cette « Cité irréelle » est un voyage perturbant. Sous une apparence familière, cette ville, double d’un New York issu d’une réalité parallèle, nous montre une galerie de personnages en train de se débattre dans des relations amoureuses tortueuses, où les jeux de miroir jettent des reflets inquiétants sur les vies les plus ordinaires.

De ces courtes histoires où la trivialité du quotidien s’affronte à un onirisme sombre, l’une se détache en particulier et laisse le lecteur sonné : « Evelyn Dalton-Hoyt », le portrait d’un couple où adultère, sexe, folie et cruauté se livrent à une sarabande saisissante, battant en brèche toute velléité d’adopter une grille de lecture unique. Les autres récits nous jouent également de drôles de tour, comme pour nous faire perdre nos repères les plus rassurants, à travers des labyrinthes mentaux parfois abscons mais toujours fascinants. Des labyrinthes lynchiens où surgissent de nulle part des visages grimaçants pour s’évanouir l’instant d’après.

D. J. Bryant, auteur américain encore inconnu en France et repéré par les éditions Tanibis, s’inscrit dans cette veine pseudo-réaliste où l’étrange aime à s’immiscer, qu’on pourrait nommer l’école Burns-Clowes, avec des personnages figés dans un quotidien terne et désabusé mais toujours en quête d’un ailleurs indicible. Bryant possède de la finesse dans son trait, avec une belle maîtrise du noir et blanc, à l’instar du maître précité, Charles Burns. Un auteur à retenir, incontestablement.