Stigmates
de Claudio Piersanti (Scénario), Lorenzo Mattotti (Dessin)

critiqué par Pucksimberg, le 18 décembre 2019
(Toulon - 41 ans)


La note:  étoiles
Misérable et sacré
Le personnage principal est serveur dans un café, mais se voit rapidement licencié à cause de stigmates apparaissant sur ses mains qui souillent les verres des clients, ce qui n’est pas un détail négligeable dans le monde de la restauration. Cette différence attire la méfiance et fascine à la fois. On le prend rapidement pour un élu ou un être privilégié susceptible de réaliser des miracles. Sa vie est donc bousculée : il doit changer de métier et arriver à vivre avec ces manifestations surnaturelles. Sa rencontre avec Lorena sera déterminante …

L’univers de Lorenzo Mattotti est singulier et transporte le lecteur. Habituellement ses dessins très colorés ont une énergie incroyable et stimulent notre imagination. Ici le trait est noir et en osmose totale avec l’univers de ce roman graphique. Le personnage devient exceptionnel par ses symptômes mais il est un être banal, au physique commun, exerçant des métiers simples, en proie avec des problèmes qui concernent le plus grand nombre. Une certaine misère même se fait sentir dans cette œuvre avec des vues parfois sur le périphérique qui permettent d’ancrer le récit dans le monde contemporain. Même si parfois ce personnage semblerait à l’origine de certains miracles, nous suivons surtout un homme qui s’apparenterait davantage à un loubard au grand cœur qu’à un saint.

Les dessins de Lorenzo Mattotti ne reposent pas sur des personnages idéalisés et beaux. Les têtes sont rondes, les corps quelque peu disproportionnés, mais les visages sont très expressifs. Certaines vignettes sont métaphoriques et suggèrent davantage que ce qu’elles disent. Certaines scènes sont fortes et marquent les esprits. Ce personnage principal, à certains égards, m’a rappelé Gwynplaine le personnage principal de « L’Homme qui rit » de Hugo. Derrière cette noirceur et la souffrance, il y a une humanité touchante. Le texte est de qualité et permet de s’immerger dans cet univers avec justesse. Quand on quitte cette œuvre on a le sentiment d’entendre encore une voix, celle qui semble porter ce roman graphique.