Poèmes à dire - la Francophonie - 38 poètes contemporains
de Nicole Brossard

critiqué par Septularisen, le 18 septembre 2019
(Luxembourg - 52 ans)


La note:  étoiles
UNE ANTHOLOGIE DE LA FRANCOPHONIE… EN POÉSIE!
La liberté sans peine est une lubie
les peuples l’apprennent à leurs dépens
avec des aurores où des cernes collent
à leurs yeux sans sel et sans eau minérale

Extrait de «Le ventre» de Tchicaya U TAM’SI

La poétesse Québécoise Nicole BROSSARD (*1943) nous propose ici une anthologie de « Poèmes à dire » représentant la francophonie. Elle nous présente un large panorama de la poésie d’aujourd'hui en langue française, en parcourant ses différentes «capitales ». On retrouvera ainsi tour à tour des poètes de Beyrouth, Alger, Bruxelles, Dakar, Genève, Rabat, Montréal, Paris, Port-au-Prince, Tunis, Luxembourg-Ville…

Cette anthologie nous montre comment la langue française vit, vibre, évolue au fil du temps et des pays… Comment cette langue nous fait partager la joie, la douleur, le désir, la beauté, l'émotion, l'identité, la diversité des différents pays où elle a pris racine…

Concrètement que retrouve-t-on dans cette anthologie ? Et bien des auteurs dont la réputation n’est plus à faire : Andrée CHEDID (1920 – 2011) ; Jacques ROUBAUD (*1932) ; Abdellatif LAÂBI (*1942) ; Leopold SÉDAR SENGHOR (1906 – 2001) ; Tchicaya U TAM’SI (1931 – 1989)…

Des auteurs déjà connus mais dont on parle trop peu : André VELTER (*1945) ; Bernard NOËL (*1930) ; Francis DANNEMARK (*1955) ; Gaston MIRON (1928 – 1996) ; Liliane WOUTERS (1930 – 2016)…

Et bien sûr, la partie la plus intéressante, ceux dont on ne parle jamais, mais que je suis heureux de retrouver : Jean PORTANTE (*1950) ; Hedi KADDOUR (*1945) ; Anthony PHELPS (*1928) ; Monique LAEDERACH (1938 – 2004) ; Suzanne JACOB (*1943)…

Et comme toujours certains noms brillent par leur absence : Jean-Michel MAULPOIX (*1952) ; François CHENG (*1929) ; Jude STÉFAN (*1930) ; Christian BOBIN (*1951) ; Lydie DATTAS (*1949)…

Ensuite, la question que je pose traditionnellement. Pourquoi si peu de poétesses présentées ? A peine 11 sur les 38 poètes repris! Pourtant cette anthologie a été réalisée par une femme et qui plus est qui se veut ouvertement féministe!
Alors? Il aurait pourtant été facile de sélectionner p. ex. Vénus KHOURY-GHATA (*1937) pour le Liban, Anise KOLTZ (*1928) pour le Luxembourg, Marie-Claire BANCQUART (1932 – 2019) pour la France…

Voici donc «Paysage» de Nadia TUÉNI (1935-1982) d’origine libanaise, une des poétesses que l'on retrouvera dans cette anthologie:

Un vaisseau traverse la peur
Naturellement
il préfère aux prophètes
tous ceux qui n’ont rien
l’oiseau n’est que géométrie
généreuses sont les tempêtes
le soir a cessé de tomber
les chemins se méfient
et nos montagnes ont rajeuni.

Pour finir, je dois, bien sûr, avouer qu'il m'est difficile de choisir une seule poésie pour illustrer 38 poètes tous si différents les uns des les autres... Mais bon, puisque il ne faut en choisir qu’un, je prends donc une valeur sûre, en la personne de l'un des plus grands poètes francophones toujours vivant au moment ou j’écris ces lignes -, j'ai nommé M. Philippe JACCOTTET (*1925), dont voici un extrait de «À la lumière d’hiver» :

L’hiver, le soir :
alors, parfois, l’espace
ressemble à une chambre boisée
avec des rideaux bleus de plus en plus sombres
où s’usent les derniers reflets du feu,
puis la neige s’allume contre le mur
telle une lampe froide

Ou serait-ce déjà la lune qui, en s’élevant,
se lave de toute poussière
et de la buée de nos bouches ?