Shtum
de Jem Lester

critiqué par Reginalda, le 25 août 2019
(lyon - 52 ans)


La note:  étoiles
Le récit poignant d’une renaissance
Ben a un fils, Jonah, qui souffre d’une forme sévère d’autisme. Sa femme et lui souhaiteraient que la municipalité finance son placement dans un établissement spécialisé, mieux à même d’aider et de faire progresser leur fils. Mais la municipalité rechigne à desserrer les cordons de sa bourse et le couple se lance dans une procédure juridique fastidieuse, d’où il ne ressortira pas indemne, à commencer par Ben lui-même, qui est le narrateur du roman.
Autant le dire d’emblée, il ne s’agit ni d’un roman sur l’autisme, ni d’un roman sur les arcanes administratives conduisant ou non à l’attribution d’une aide sociale en Angleterre, mais du récit d’une naissance ou d’une renaissance, de l’acceptation d’une paternité et, plus encore, d’une filiation. Car en vue d’étayer leur dossier, Ben et sa femme décident de feindre une séparation et Ben part vivre avec Jonah chez son père. Or les deux hommes entretiennent des rapports houleux, car Ben reproche à son géniteur de n’avoir jamais cherché à communiquer avec lui, pense l’avoir toujours déçu. Peu à peu, les frictions laissent place à des aveux, les existences des uns et des autres sont éclairées d’un jour nouveau qui permet à Ben de commencer à se réconcilier avec l’existence.
Si l’on pourra éventuellement reprocher au narrateur une certaine complaisance dans la description de son avilissement, il n’en reste pas moins que le récit est remarquablement bien mené, sans auto-apitoiement, ni pathos, ni exhibitionnisme d’aucune sorte, avec une nervosité et un côté chaotique qui collent merveilleusement au propos.
Oui, c’est inconfortable, oui, c’est dur parfois, mais affronter ses démons et continuer à vivre quand rien ne se passe comme prévu ne sont jamais des parties de plaisir et on ne peut que saluer la réussite d’une roman qui a eu le courage de dépeindre le marasme de façon aussi saisissante et qui, surtout, a su montrer la sortie du marasme sans qu’elle apparaisse niaise ou relever du happy end de circonstance. « Shtum » est un premier roman. Chapeau bas !