La Mort selon Turner
de Tim Willocks

critiqué par Krysaline, le 29 avril 2020
(Paris - 55 ans)


La note:  étoiles
ça dépote!!
Tarantino pourrait en faire un film (pour moi, c’est un compliment car je suis une fana inconditionnelle de ce cinéaste) !! j’ai « visualisé » le truc parfaitement, dans la veine des Kill Bill, les huit salopards et de ses autres films où la violence à outrance est telle qu’on finit par en pleurer de rire tellement c’est « trop » et c’est « énorme » (Cf. la scène dans le désert de Kalahari) …alors même qu’il n’y a absolument pas matière à rire !!! Ce roman m’a fait exactement cet effet là et si je pouvais luis attribuer un 6/5, je le ferais sans hésiter ! Et inutile de préciser (mais je le dis quand même ????) que je vais me ruer sur ses autres romans. Et plutôt deux fois qu’une !

Ici, on a affaire à une histoire de justicier à l’ancienne, comme un western à la Bronson… (oui, je sais « Bronson » ça ne parle plus à personne… Lol !) disons plutôt, à la Clint Eastwood ou encore à la Jason Bourne pour les plus jeune. Un héros, un vrai, un dur de dur ! Une véritable machine de guerre, un vrai chien d’arrêt qui ne lâche pas le morceau. Jamais…

Car, on va vite constater que Turner à son propre code de l’honneur et un sens de la justice surdéveloppé. Rien, absolument rien, ne l’arrête pour obtenir justice, même s’il s’agit là d’une pauvre noire laissée pour compte et surtout laissée pour morte par un très riche blanc complètement bourré et qui va se débiner comme un lâche, alors que la jeune femme n’est pas encore morte. Délit de fuite alors qu’il aurait pu appeler les secours, mais non, que vaut la vie d’un noir en Afrique du Sud ? Surtout qui s’en soucie ?

Enfin, on apprend aussi que ce n’est pas vraiment ce jeune-là qui décide de ne pas appeler les secours, parce que tellement ivre qu’il ne se souvient de rien. Alors ce sont plutôt tous ceux qui l’accompagnaient (ou presque) qui vont le décider pour lui. Pour « protéger » ce jeune fils à Maman de sa bêtise… Pauvre petit jeune riche !

Manque de bol pour eux (ou tant mieux pour la vérité) c’est Turner qui va « hériter » de cette affaire… Et Turner, ben c’est Turner… Et il va devenir leur pire cauchemar car ils vont découvrir à leurs dépens que Turner ne s’achète pas.

En fait Turner est craint comme la peste, surtout par ses supérieurs car c’est un vrai bon flic, ce qui implique qu’il fait « le job » comme il faut, pour la justice, pour la conception d’un idéal et ce jusqu’au bout quel qu’en soit le prix. Il ne distordra pas la vérité pour la faire coller aux aspirations de tous les corrompus de la terre.

On notera au passage que la psychologie de chaque personnage est travaillée et chacune de leur action est sous-tendue par des raisons complexes. L’auteur ayant été psychiatre, on reconnait la « patte du médecin » dans la construction complexe des personnages. Aucun n’est tout « blanc », ni tout « noir » (sans mauvais jeux de mots). Il y a d’infinies nuances de gris entre les deux…

Bon – méchant, riches – pauvres, blancs – noirs… L’éternelle trilogie… malheureusement. Dans une situation qui se situe en Afrique du Sud où l’Apartheid a régné en maitre de 1948 à 1995 c’est pire encore. Le livre ne dit pas si l’action se déroule (du moins je n’ai pas vu) pendant ou après l’Apartheid, mais ça ne change pas le problème en fait. Evolution des mentalités ? Sans blagues ?? A la vitesse d’un escargot fossile alors !

On arrivera à l’inévitable duel entre deux volontés inébranlables et terrible. Celle de Margot, mère du « pauvre petit jeune riche » qui cherche à le préserver (lui, la famille, la mine, sa carrière, son avenir) coûte que coûte et celle de Turner, déterminée et inflexible…

Margot c’est du Shakespeare ! Macbeth revu et corrigé, c’est grandiose. C’est tragique.
Turner, c’est Mick Jagger dans « Performance » (« Vanilla » en français) qui chante « Memo from Turner » (le titre original du livre).

C’est étourdissant, c’est violent, c’est poignant, c’est fort. Les personnages dit périphériques sont tous plein de veulerie, prêts à toutes les trahisons, asservis par l’argent, à leur volonté de pouvoir. Mais aussi, contre toute attente, certains portent néanmoins l’espoir car ils sont « humains », honnêtes, droits.

La fin ne constitue pas un feu d’artifice final dans le sens où nous avons droit à un grand feu d’artifice tout au long du livre, chaque scène surenchérissant sur l’autre. Franchement quel thriller où le suspense ne se situe pas dans la recherche des coupables, puisqu’on les connait dès le début mais plutôt dans la manière d’arriver à les cravater…

Ce roman nous fait ressentir une atmosphère, étouffante, malsaine, gangrénée. Les descriptions y sont impitoyables (âmes sensibles s’abstenir). A l’instar de « Zulu » de Caryl Ferey, on retrouve une Afrique du Sud, déchirée, écartelée, violente, implacable, hautement corrompue. Ça « dépote » et vous avez intérêt à être bien accroché ! ça castagne, ça défouraille à tout va. Mais ça a quelque chose de cathartique et de libérateur.

Quelques-uns argueront qu’un tel héros n’existe pas, que c’est « too much » et irréel. Je leur dirais qu’un roman est une fiction et qu’une fiction ne colle pas toujours à la réalité sans pour autant être du « fantastique ». Bref, certes Turner ne peut pas exister tel qu’il est décrit mais qu’il défend un idéal tout à fait plausible. Bon, le gars est un peu « déjanté », c’est « particulier » mais, moi : « j’achète !!! »