Ce pays que tu ne connais pas
de François Ruffin

critiqué par Bernard2, le 13 mai 2019
(DAX - 75 ans)


La note:  étoiles
Frères ennemis
François Ruffin et Emmanuel Macron ont connu le même lycée. Puis leurs vies ont pris des chemins radicalement différents. Pour le premier la fréquentation des « petites gens », ouvriers, caissières, chômeurs, la plupart avec des conditions de vie précaire. Pour le second la fréquentation des « riches », des dirigeants, des vedettes, des personnalités de pouvoir.

Résultat : ne connaissant exclusivement que ce monde des nantis, E. Macron n’a aucune notion de ce qu’est un simple citoyen. Il en parle sans connaître, allant jusqu’à se permettre de donner des leçons, d’inciter à l’effort, au sacrifice, sans même réaliser ce que cela représente.

L’auteur explique par quels stratagèmes on en est arrivé là. Les grosses fortunes ont pris le pouvoir de la presse (journaux, radios, télés), contrôlant ainsi l’information. Grâce à ce moyen puissant, elles ont pu, outre le pouvoir financier, et grâce à leur pouvoir médiatique, s’accaparer du pouvoir politique. En choisissant leur candidat parmi leurs pairs, en procédant à un véritable matraquage de communication, en créant à partir de rien (sinon quelques milliards…) un parti politique. On connaît la suite : la manœuvre a fonctionné, les électeurs sont tombés dans le piège. E. Macron a été élu, à une bien frileuse majorité certes, mais qu’importe, à une majorité quand même. La peur du FN a remarquablement fonctionné, sans que la plupart des électeurs ne soient à même d’expliquer pourquoi, puisque ce parti n’a jamais été au pouvoir. Pourtant La République en Marche non plus n’avait jamais été au pouvoir…

Que pouvait faire un financier élu grâce à des financiers ? Bien sûr privilégier les grosses fortunes, au détriment des classes moyennes. C’était d’autant plus tentant que le nouveau président ne connaissait rien de ces classes moyennes, qu’il n’avait jamais rencontrées. Comment aurait-il pu réaliser ce que cela représentait pour elles, alors qu’elles se résumaient à des données statistiques et macro-économiques ?

L’abus de pouvoir a été tel qu’un vaste mouvement populaire, sans dirigeant désigné, s’est spontanément manifesté un peu partout. Ce mouvement des Gilets Jaunes a déstabilisé un président qui ne pouvait pas comprendre pourquoi des « gens de rien » se permettaient de ne pas obéir aveuglément à un Jupiter omnipotent. Il n’hésitera pas à envoyer les forces de l’ordre qui commettront des violences contre ces manifestants, et pas seulement contre des casseurs qu’évidemment personne ne défend.

La chute de popularité d’un homme imbu de lui-même, totalement ignorant de la réalité d’un pays qu’il prétend malgré tout diriger, a conduit à cette situation désolante et inédite. Mais le pouvoir financier reste à l’affût. On ressort donc la peur du FN, devenu le RN. En espérant que les électeurs continueront à se laisser piéger par ce spectre d’une apocalypse dont on ne sait rien, sinon que ce serait sans doute terrible… Mieux vaut donc continuer comme aujourd’hui, se serrer encore un peu plus la ceinture, au profit de la classe la plus aisée. Là au moins on sait pourquoi ça va mal !

On le comprend, F. Ruffin n’aime pas E. Macron. Ni le RN dont il ne dit rien, sinon qu’il est contre, mais que j’ai cru devoir mentionner puisque c’est aujourd’hui la première force d’opposition. Malheureusement la critique est souvent acerbe, sans argumentation, plus viscérale que raisonnée. Il n’y a pas de véritable plan, de développement suivi, et trop souvent le texte s’égare dans des propos totalement inutiles. Ce qui fait perdre beaucoup de force au texte, en définitive plutôt ennuyeux.