L'Embâcle de Sylvie Dazy, Camille Cazaubon (Dessin)

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 12 mars 2019 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 72 ans)
La note : 7 étoiles
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L'embâcle après la débâcle

Ce roman, c’est l’histoire d’une petite ville de province comme il y en a tellement en France, elle est plutôt banale, sa plus grande originalité résidant dans sa situation au bord d’un fleuve qui peut la submerger dans ses plus fortes colères. Et, comme toutes les villes de France, elle fait l’objet des attentions des édiles locales, des urbanistes visionnaires, des promoteurs immobiliers et de divers spéculateurs cherchant à convaincre les populations qu’une rénovation urbaine bien conduite pourrait donner meilleure mine à la ville, offrir des conditions de résidences plus confortables et plus agréables aux habitants des quartiers désuets, peu attractifs où l’hygiène n’est pas toujours très reluisante. Le quartier de La Fuye attire plus particulièrement l’attention de tous ces gens, c’est un quartier peu attractif, un quartier qui n’a pas beaucoup changé depuis la guerre et ses bombardements, un quartier bien situé mais un peu délabré, peuplé de vieux, de gens peu fortunés notamment des anciens cheminots qui travaillaient dans les ateliers tout proches et vivaient dans des maisons bien peu spacieuses.

Un promoteur, de connivence avec le maire, essaie de racheter les maisons et les commerces de La Fuye pour créer un nouveau quartier capable de séduire les bobos, les nouveaux riches qui cherchent un certain confort tout en exhibant leur nouvelle richesse. « La Fuye, nouveau quartier bobo de la ville, des tarifs bas alors que le centre est si proche, une vie de village avec sa vieille école et ses marronniers autour de la place, ses deux marchés hebdomadaires avec des maraîchers et du fromage local ». Il a surtout flairé l’occasion de réaliser une très belle plus-value.

Mais La Fluye ce n’est pas seulement un quartier désuet et de moins en moins salubre, c’est aussi ses habitants, des résidents souvent enracinés ici depuis des décennies et qui n’ont pas très envie qu’on change leurs habitudes et leur cadre de vie. Pour montrer cette tentative de mue suggérée par quelques rapaces, Sylvie Dazy donne la parole, ou plutôt parle au nom de quelques acteurs de ce dossier, habitants du quartier ou représentants des opérateurs immobiliers. Un petit monde où tout le monde se connait plus où moins. Ainsi, elle fait parler Louise, une assistante sociale fille d’un cardiologue fortuné avec lequel elle n’arrive pas à s’entendre, Manon sa collègue de travail petite amie de Théo employé par le promoteur pour acheter les bâtiments du quartier, Lucien son grand-père décédé qui pourrait raconter encore bien des choses, Malik, le bistroquet, et quelques autres encore. Chacun raconte sa vie dans ce quartier en laissant entrevoir ce qu’il pense de sa rénovation.

« La ville » donne elle aussi son avis mais c’est surtout Paul l’original du coin, Paul qui vit seul dans une toute petite maison où il héberge des animaux domestiques et stocke tout ce qui rentre chez lui, le personnage central de cette histoire. Il ne jette rien, on le dirait tout droit échappé du célèbre roman d’E.L Doctorow : Homer & Langley, un parfait spécimen de la personne affectée du syndrome de Diogène. Il incarne, à la fois, l’écologiste le plus intégriste possible et le misanthrope absolu. « Je serai celui qui ne mange presque plus, un oisif sans désespoir, le philosophe des catastrophes conversant avec les morts mais bien plus vivants qu’il n’y paraît ». Ceux qui veulent changer la vie de La Fuye viennent ainsi butter sur l’enracinement le plus forcené.

Avec ce roman, Sylvie Dazy évoque toutes les grandes questions d’urbanisme affectant toutes les villes de France et d’ailleurs et les problèmes d’écologie générés par la croissance démographique et la boulimie exponentielle des populations les plus riches de la planète. « L’histoire de l’Humanité, c’est l’histoire du gâchis. Moi je garde TOUT, Tout peut se réparer, s’offrir, se réemployer ». « L’indispensable est à portée de main, le reste est quelque part ». De la débâcle à l’embâcle : une vision cataclysmique de l’avenir de la planète à travers le possible devenir de cette petite ville.

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