Louise Michel, la vierge rouge
de Mary Margaret Talbot (Scénario), Bryan Talbot (Dessin)

critiqué par Tmichel, le 30 janvier 2019
( - - ans)


La note:  étoiles
Un petit bijou de biographie.
L'égérie des communards n'est plus à présenter. Ses propres livres sont toujours édités et même certains d'entre eux redécouverts par les éditeurs. Ses biographes ne manquent pas. Cet album, d'une taille moyenne (22x16) et somptueusement relié est un véritable petit bijou. Si la couverture est un peu trop tape à l'œil à mon goût (du rouge criard sur fond crème), le reste est une réussite. Le graphisme est d'une grande beauté, réalisé avec soin. Le noir et le blanc y dominent, le rouge intervient pour des mises en valeur symboliques, le rose et les gris rehaussent certaines pages, le tout sur fond crème, presque vanille. Le dessin est précis, d'une grande finesse, le cadre des vignettes varié de façon à créer des effets liés à l'organisation narrative ou à son contenu. Le scénario est inventif, fondé sur le principe de l'analepse (ou si l'on préfère: du flash back).
Une féministe américaine débarque à Paris le jour même où l'on fait à Louise des funérailles officielles. C'est l'occasion pour la Parisienne engagée qui l'accueille de lui parler de la vie de Louise Michel. On parcourt avec elles cette vie peu banale et passionnée, du siège de Paris en 1870 jusqu'à la mort. Ce récit est rythmé par de nombreux retours au récit cadre et des allusions au contexte international (par exemple, les événements de 1905 à Saint-Pétersbourg). Malgré le pathétique des événements, une part de fantaisie n'est pas exclue: le récit cadre est encadré lui-même par des événements d'époque plus croustillants: Ader et la Manche, Reichelt et le parachute. La poésie est également présente dans le tissu du récit, à travers la tour Eiffel, par exemple, qui se construit à l'occasion du centenaire de la Révolution. Dans ce tissu très séduisant, on s'en doute, les événements de la Commune et l'exil en Nouvelle-Calédonie sont des points forts. Et, toujours, l'agitation têtue des partisans du progrès social en faveur de l'égalité des classes et des sexes. Le tout se termine par seize pages de notes explicatives sur les personnages, les lieux, l'époque, et les auteurs. Moi qui n'avait guère à découvrir la vie de cette femme, pour qui j'ai beaucoup de sympathie et d'admiration, je n'ai pas hésité longtemps: une rapide compulsion des pages m'a fait comprendre que j'avais dans les mains une BD de qualité à tous points de vue. Ma lecture n'a fait que confirmer cette impression. J'ai même appris de multiples détails que j'ignorais, à travers les personnages secondaires notamment. Admirateur ou pas, qui a dans les mains cet album ne pourra que constater ses grandes qualités.