Théâtre: Trois versions de la vie - Une pièce espagnole - Le dieu du carnage - Comment vous racontez la partie
de Yasmina Reza

critiqué par Veneziano, le 4 août 2018
(Paris - 42 ans)


La note:  étoiles
Des malentendus aux différends de tous les jours
Ces quatre pièces ont pour point commun de présenter les malentendus qui pourrissent notre existence, qui s'enveniment assez vite, au point de rendre la conversation impossible, chacun restant sur son quant-à-soi et constatant, presque avec plaisir, qu'elle ne peut plus avancer, faute de compromis, et pouvant repartir avec ses idées toutes faites, alors que tous ont contribué à aboutir à une impasse.
Cette incommunicabilité s’avérerait incontournable : cette réitération de l'idée de pièce en pièce semble constituer une thèse de la part de la dramaturge. L'idée générale me semble gênante et erronée. L'auteure peut se contenter de ces différends plombés pour créer un effet, mais l'absence d'espoir de sortie débouche sur une vision désabusée de l'existence qui est fondée sur une erreur généralisante et une volonté factice de monter en neige des situations pathologiques qui déraillent sur peu de choses, pour révéler des contradictions plus profondes. Personne ne pourrait se remettre en cause et faire preuve de tact sur le moyen terme d'une conversation, ce qui me semble contestable.

Dans Trois versions de la vie, Mme Reza nous décrit justement trois variations d'un même échange qui inévitablement tourne mal, entre un scientifique qui espère pouvoir publier un article après trois ans sans écriture, recevant un collègue qui pourrait l'aider à un dîner. Sa femme est rendu robe de chambre et rechigne à passer ses caprices à son fils. Le couple tant attendu vient un jour plus tôt que prévu, la femme du ponte a un bas filé dont elle a honte. La situation est biseautée dès le départ et dévisse très vite.

Dans Une pièce espagnole, un débat entre artistes lors d'une répétition tourne souvent au vinaigre, alors que le texte oppose des personnages par d'autres malentendus, dans une alternance de scènes entre travail, représentation, monologues. Tout devient prétexte à dérapage. Si l'humour y est présent, l'effet devient assez pénible, dans une oeuvre qui reste assez courte.

Pour Le Dieu du carnage, je vous livre ma critique complémentaire en date du 26 juin dernier, avec l'attribution d'une note de ***.
Suite à une tentative de règlement à l'amiable d'un conflit, suite à une bagarre entre deux jeunes garçons qui a dégénéré, les parents exposent leurs divergences sur la conception de la vie et de la responsabilité, puis du couple et de la courtoisie, avec des tirs croisés dans chacun des deux couples.
La conversation commence déjà de manière tendue, la tension ne faisant que monter crescendo, sur des sujets de plus en plus tirés par les cheveux et éloignés du thème initial, dans une ambiance généralisée de pétage de plombs. Cela pourrait devenir drôle, mais cette pièce m'a laissé un goût désagréable, face à une volonté plus ou moins avouée d'alimenter le conflit et d'assumer sa mauvaise foi. Dans le genre, ce n'est pas mal fait, mais ça ne fait pas passer un bon moment, en tout cas pour moi.

Pour Comment vous racontez la partie, je vous divulgue ici la présentation faite le 10 juillet dernier avec une note de 3,5 sur 5.
Cette pièce met en scène une émission littéraire où l'invitée principale est la jeune écrivaine Nathalie Oppenheim, aussi populaire que discrète, interrogée par Rosanna Ertel-Keval, présentatrice de grande notoriété, aux questions acérées et fort têtue, ce qu'elle reconnaît volontiers. Le dialogue, s'il s'avère sincère, vire assez souvent à l'aigre, le caractère incisif de la journaliste brusquant la romancière qui insiste sur le fait qu'elle n'aime pas parler d'elle, de sa vie privée. Aussi un dialogue assez long les lie au sujet des personnages, de leur psychologie, qu'il demeure nécessaire de bien distinguer de celle de l'auteur, qui n'est pas à deviner par ce biais. Dans l'émission, figure Roland, écrivain aussi, érudit, et admirateur de l'invitée principale, qu'il a réussi à inviter dans un festival littéraire d'une petite ville. Alors qu'elle ne se rend jamais à ce genre d'événements, ni aux séances de dédicaces, Rosanna s'enfonce inévitablement dans la brèche. Dans le dernier acte, la pièce est translatée dans cette petite ville, dont le maire est un ami d'enfance de Rosanna.
La confrontation de ces deux mondes constitue un motif classique de discussion sur un thème donné, par une situation cocasse. Le sujet principal nous tient à coeur ici : il s'agit des personnages et des raisons d'écrire. Deux conceptions de la chose s'affrontent. Aussi cette pièce permet-elle de faire réfléchir, de prendre du recul sur la relation de l'écrivain à son travail et à ses personnages. Elle est intéressante, assez drôle et bien faite.